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1834-1836 - Retour à la maison

1834



Au début de janvier le voilier atteint le continent européen. Après avoir débarqué au Havre De Smet rejoint aussi vite que possible la jeune Belgique. Le 6 janvier il a tout d'abord un entretien avec le Père provincial Van Lil. Deux jours plus tard il peut enfin revoir sa ville natale Termonde.


Quelle étrange sensation que de se retrouver à la maison après 14 ans! Il y a eu du changement dans l'intervalle. Le fauteuil de son père est vide. Sa sœur aînée Rosalie à laquelle avait échu le rôle de mère pour les plus jeunes, est mariée avec Charles Van Mossevelde, et ses frères Charles et François sont entrés dans la magistrature. (3)

De Smet rend visite aux parents des Jésuites restés à Saint-Louis. Puis il prend contact avec de nombreux bienfaiteurs, Pierre de Nef de Turnhout, marchand de vin et fabricant textile, l'archevêque de Malines, le recteur De Ram de l'université catholique de Louvain, l'évêque Van Bommel et madame de Theux. Il visite Namur, Mons, Tournai et Bruxelles. À Enghien un prêtre de l'endroit le met sur la piste d'une très précieuse bibliothèque des Augustins. Il l'achète pour l'université de Saint-Louis. Il va à Erps-Querbs, Aarschot, Montaigu, Diest, Zandhoven et Anvers. Partout il obtient des subsides. Ensuite il va à Lille, Arras et Amiens. En France il achète un laboratoire complet et une collection de minéraux. Il rentre en Belgique par Courtrai pour revoir Van Lil et creuser plus à fond le plan de fusion. La province belge des Jésuites avec ses 150 religieux trouve ce plan de fusion avec le lointain Missouri encore un peu ambitieux. De Nef, qui patronne un séminaire, a entre-temps convaincu 5 recrues, parmi lesquelles Pierre Verheyden, de Termonde, et Charles Huet, de Courtrai. Pendant ce séjour en Belgique du missionnaire est exécutée la peinture qui pend aujourd´hui au musée de la ville de Termonde. Après avoir collecté de l'argent pendant neuf mois, il a amassé 60.000 dollars.

Après l'été, il serait temps de retourner là-bas, mais suite à toute son activité en Europe De Smet n'a pas complètement repris ses forces. En octobre il part pour Anvers pour préparer sa traversée. Il emporte 50 caisses avec des vêtements, du matériel liturgique, des peintures, des livres, des instruments et d'autres équipements scientifiques. Après un séjour de 10 mois De Smet voit avec peine le moment d'avoir à se séparer de nouveau de sa famille. Cette fois encore il ne trouve rien de mieux que de partir sans avertir personne.


Le 30 octobre il écrit une dernière lettre à ses frères et sœurs et deux jours plus tard, le premier novembre, il part d'Anvers avec ses nouvelles recrues et sa charge précieuse sur le brick Agenoria vers la lointaine Amérique. Le 3 novembre ils sont en face de Flessingue et entrent en mer. Mais devant la côte du Kent la tempête fait rage et De Smet est atteint si gravement du mal de mer qu'il doit être débarqué à Deal. Les nausées ont été si violentes qu'il est affecté de sérieuses hémorragies internes. Il est en danger de mort! Deux médecins se relaient pour le veiller jour et nuit. Le capitaine de l'Agenoria attend deux jours qu'il se remette, mais quand les médecins donnent à entendre que sa guérison prendra au moins 14 jours, le capitaine décide de continuer la traversée. Pour les recrues il n'y a rien d'autre à faire que de partir sans Pierre-Jean, ce qu'ils feront sous la conduite de Verheyden. Devant les côtes de Terre-Neuve l'Agenoria perd encore un mois entier à cause de vents défavorables. Ce n'est que le 23 décembre que le bateau arrive sain et sauf à New York.

Dès que De Smet est transportable, il déménage vers un village voisin pour trouver un logement plus économique. Le 11 novembre il parvient à marcher un peu et trois jours plus tard il fait le voyage de Londres où il est hébergé par un prêtre, Jean Nerinckx, frère de Charles Nerinckx. Les médecins anglais lui conseillent de ne plus aller vivre sur la dure à la frontière de la sauvagerie. De Smet en déduit que sa vie est un échec. Il devient dépressif, mais Nerinckx parvient à ranimer son courage. Le 24 novembre il peut repartir pour la Belgique.

Il retourne à Termonde où les docteurs belges lui conseillent une longue convalescence. De Smet est si défait par sa faiblesse qu'il demande à son supérieur, Jean-Philippe Roothaan, de pouvoir démissionner de l'ordre des Jésuites.

1835

Fin mars Roothaan accepte la démission de De Smet. Celui-ci pense devenir prêtre séculier, mais son expérience a fait de lui un missionnaire et pour le travail paroissial routinier, il n'est pas dans son élément. De nouveau il se décourage un peu. L'évêque de Gand le nomme comptable d'un orphelinat et confesseur des couvents de Carmélites à Bruxelles et Termonde. Les Carmélites de Termonde projettent de rouvrir leur couvent à Alost. Leur couvent a été fermé du temps de Joseph II. De Smet les aidera et cherchera avec le Père De Vos un immeuble qui leur convienne. Finalement c'est l'ancien couvent de l'Annonciation qui est acheté (aujourd'hui Rue Haute 19), et ainsi le couvent du Carmel est rétabli à Alost le 2 août 1836.

De Smet reste aussi en contact épistolaire avec la mission du Missouri. Il récolte de l'argent pour elle. Les missionnaires du Missouri correspondent par son intermédiaire avec la province belge des Jésuites. Verhaegen qui a succédé à de Theux comme provincial, n'a pas perdu l'espoir de joindre les deux provinces. De Nef encourage toujours le recrutement de nouveaux éléments. Ainsi le 23 septembre De Smet conduit sept jeunes gens au port d'Anvers d'où ils vont entreprendre la traversée vers les États-Unis. De Smet correspond aussi avec les séminaires de Bar-le-Duc et de Bréda et prépare les jeunes séminaristes qui envisagent de partir pour les États-Unis.

1836

De Smet se sent un peu mieux et il aspire chaque jour davantage à retourner au Missouri. Il demande à Roothaan d'être réadmis dans l'Ordre. Roothaan y consent exceptionnellement, surtout parce qu'à Saint-Louis il y a un manque aigu de missionnaires. Le pape a donné aux Jésuites la responsabilité de tous les postes de mission à l'ouest du Mississipi et au nord du Mexique.

En secret, sans avertir sa famille, De Smet prépare son nouveau départ. Cette fois il partira du Havre vers les États-Unis avec quatre missionnaires. Une des recrues est Arnold Damen. En route De Smet est atteint de nouveau de fortes fièvres, au point qu'il doit attendre 8 jours à Paris. Dès que la fièvre baisse, le petit groupe part pour Le Havre. Mais dans le port la fièvre reprend et au moment de monter à bord De Smet décide à son grand chagrin de laisser les quatre jeunes gens partir seuls. Mais c'est maintenant ou jamais et, in extremis, il fait un effort désespéré pour atteindre encore le navire qui a récemment quitté le quai. Il demande à un petit bateau de le rattraper. La tentative réussit, de justesse De Smet peut encore être embarqué. Sa chance va croissant, car pendant la traversée sa santé s'améliore de jour en jour et il est même beaucoup moins atteint du mal de mer tant redouté.

À la fin d'octobre, tout juste un mois après son départ du Havre le 26 septembre, le port de New York est en vue. Trois semaines plus tard Pierre-Jean fait de nouveau son entrée dans le noviciat de Florissant et le 29 novembre notre missionnaire est de nouveau admis dans l'ordre des Jésuites par le Père Verhaegen, provincial du Missouri.

(3) Note du traducteur - Charles et François se sont mariés en 1828. Charles a fait toute sa carrière de magistrat à Termonde et vivait donc probablement encore au Witte Hert en 1834; François a commencé sa carrière à Termonde, puis en 1830 a été nommé aux environs de Gand et un peu plus tard à Gand même.