CHRONIQUE CONTEMPORAINE
AMÉRIQUE. -- MISSIONS DE L’ORÉGON.-- Cette partie de l'Amérique, connue
sous le nom d'Orégon, qui s'étend des
Montagnes-Rocheuses à la mer Pacifique, entre le 42e et le 49e
degré de latitude, est divisée aujourd'hui en deux territoires, celui de l'Orégon et celui de Washington. Pour la juridiction
spirituelle, ils sont soumis, le premier à Mgr. François Blanchet, archevêque
d'Orégon-City, le second à Mgr. Augustin Blanchet,
évêque de Nesqualy. Le siège de Walla-Walla
est vacant. Les districts de Colville et de
Fort-Halle, situés dans les Montagnes-Rocheuses et habités uniquement par de
nombreuses tribus de sauvages indiens, sont desservis par les Pères de la
Compagnie de Jésus.
Le R. P. De Smet, qui réside actuellement à l'université de
Saint-Louis, est regardé comme l'un des principaux fondateurs de ces missions.
Animé d'un zèle brûlant pour le salut des infidèles et d'une intrépidité qui
surmonte tous les obstacles, le 30 avril 1840 il franchit les limites des États
civilisés, traversa des forêts et des plaines inconnues, gravit les
Montagnes-Rocheuses et arriva le 14 juillet de la même année parmi les Indiens
de l'Orégon. Dieu bénit amplement les travaux
pénibles de son serviteur. Les Têtes-plates, les Cœurs d'Alêne, les Calispels, les Shuyelpies
prêtèrent l'oreille à la bonne nouvelle de l'évangile, et de nombreux néophytes
ne tardèrent pas à réjouir, comme de naissantes fleurs, cette terre inculte.
Depuis leur fondation jusqu'à nos jours, ces missions n'ont cessé de payer, par
des fruits abondants de salut, les travaux des missionnaires. Les nombreuses
tribus des montagnes comptent aujourd'hui trois missions centrales, dont
chacune, est desservie par deux Pères de la Compagnie de Jésus, dont voici les
noms : les PP. Joseph Jozet, Alois Vercruysse, Belge, Ad. Hoecken, P. Menetrey, Grég. Gazzoli et Ant. Ravalli.
Le R. P. De Smet, dans une lettre adressée au rédacteur du St-Louis'
Leader' et dont il a bien voulu nous envoyer un exemplaire, donne des
détails intéressants sur l'état actuel de ces missions. Voici la traduction de
cette lettre :
« Saint-Louis, le 19 juin 1855.
»
Monsieur,
» J'apprends,
avec la plus vive joie, par une récente lettre qui m'arrive des Montagnes-Rocheuses,
que les Indiens catholiques continuent à répondre au zèle de leurs
missionnaires, par leur piété et leur ferveur dans l'observance des pratiques
de notre sainte religion. Le P. Jozet m'écrit que le
sacrement de la confirmation vient d'être conféré à un grand nombre d'Indiens
convertis à la foi.
» Cette grâce
spéciale, dit-il, ne manquera pas d'augmenter encore la fermeté de leurs bonnes
résolutions. L'arrivée de Mgr. Blanchet, évêque de Nesqualy,
continue-t-il , ne nous fut notifiée que quelques heures avant l'arrivée du
prélat et au moment où un grand nombre de catholiques étaient absents pour la
chasse aux buffles. Aussitôt on se mit à l'œuvre et l'on prépara les fidèles,
qui restaient dans la mission, à recevoir dignement la confirmation. Plus de
six cents participèrent à ce bonheur. Le prélat exprima en termes chaleureux la
profonde émotion qu'il ressentait dans cette ravissante solennité. -- « Jamais,
dit-il, on ne vit des fidèles plus zélés et plus édifiants que ces enfants du
désert. »
» Malgré le petit
nombre des missionnaires, les conversions sont nombreuses. Parmi les Shuyelpies seuls, dit le P. Jozet,
nous avons baptisé cette année cent soixante-trois adultes.
» Le Père
m'informe en outre que, par ordre de M. Stevens, gouverneur du territoire de
Washington, un lieutenant de l'armée américaine vient de visiter les
différentes missions des Montagnes-Rocheuses. Cet officier fut très surpris de
la régularité de mœurs et de la bonne conduite des Indiens catholiques, et en
témoigna la plus vive satisfaction. Le gouverneur lui-même, dans un rapport au
président des États-Unis sur l'état des sauvages de son territoire, comble de
louanges nos néophytes, et les recommande instamment à la protection et aux
subsides du gouvernement. « Ce sont, dit-il en parlant dans le même rapport des
Têtes-plates, les meilleurs Indiens du territoire; ils sont honnêtes, courageux
et dociles. Il ne faudrait qu'un peu d'encouragement pour en faire de bons
citoyens. Ils professent le christianisme, et l'on m'assure qu'ils vivent selon
les maximes de l'Évangile. »
» Je suis, etc.
»
P. J. DE SMET, S. J. »
H. A.