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1866-1868 - Hôte de Sitting Bull
1866

Après la guerre civile le trafic sur le Missouri a fougueusement repris. Toutefois au cours des années antérieures fort peu de vaisseaux avaient Fort Benton comme port terminal. Mais cette année au printemps il n'y en a pas moins de 31 qui y aboutissent. L'un d'eux est l'Ontario sur lequel le 9 avril De Smet s'embarque à Saint-Louis avec ses fournitures annuelles pour les missions. Le voyage de Saint-Louis à Fort Benton prend approximativement deux mois, mais De Smet a de la compagnie. Un de ses compagnons de voyage est Charles Chouteau qui se retire petit à petit de l'American Fur Company. Il ne voyage plus comme propriétaire de l'Ontario, mais comme passager fortuné. L'Ontario est une réalisation récente avec un tirant d'eau très réduit (à peine 76 centimètres). Quand les eaux sont basses ce faible tirant d'eau vient bien à point, mais cette année-ci les eaux du Missouri sont très gonflées. Le fleuve traîne de gros blocs de glace, des arbres déracinés et toutes sortes d'épaves, et le navire de peu de fond à la plus grande difficulté à peiner contre le courant. En beaucoup d'endroits l'Ontario doit être remorqué par câble contre le courant violent. À un certain moment une amarre se casse et le bateau heurte la rive rocheuse. Une voie d'eau se déclare dans la quille, mais heureusement les pompes de l'Ontario parviennent à le maintenir à flot jusqu'à ce que l'équipage ait colmaté la voie d'eau. Le courant diminue, mais il faut rester attentif, cette fois pour les bancs de sable et de vase, et tous les obstacles solides dérivant, visibles ou invisibles. Quand ils approchent du territoire des Indiens Sioux, la tension monte. La cabine de pilotage est renforcée contre les flèches, les balles et d'autres projectiles indésirables. Un canon est placé à la proue, les armes à feu sont mises à la portée de chacun et pendant la nuit des tours de veille sont établis. Sitting Bull et les Indiens Hunkpapas bloquent les accès à Fort Rice!
Le 8 mai l'Ontario arrive à hauteur de Fort Sully. À l'ombre du fort vivent des centaines d'Indiens pacifiques, mais il est vrai dans des conditions pitoyables. La famine y règne. Les Indiens ont mangé tous leurs chiens et tous leurs chevaux et ils ne survivent qu'en déterrant çà et là des racines sauvages. De Smet ne peut qu'apporter des paroles de consolation à ces malheureux et condamner la civilisation blanche qui a laissé les choses aller aussi loin. Deux jours plus tard ils naviguent vers Fort Berthold où les Arikaras, les Mandans et les Gros-Ventres sont dans un état peut-être pire encore. Au cours de l'hiver antérieur plus de cinquante de ces malheureux Indiens sont morts de faim. Les soldats qui doivent les protéger se moquent des femmes affamées et des enfants qui essaient d'obtenir quelques déchets de nourriture près du fort. Peut-on imaginer que des mères cherchent dans le fumier des écuries les grains mal digérés par les chevaux pour essayer d'empêcher leurs petits de mourir de faim! Consterné, De Smet poursuit son voyage jusqu'à Fort Union où ils abordent sans incident le 23 mai.

Le 7 juin après exactement 57 jours de voyage l'Ontario atteint son port terminal, Fort Benton. Cette fois aucune délégation de la mission Saint-Peter ne l'attend, mais le Père Giorda lui a laissé une note. Étant donné l'agitation croissante des Indiens Pieds-Noirs, les missionnaires ont au printemps fermé la mission et sont partis en direction des monts Little Belt. Ils sont maintenant sains et saufs à Saint-Ignace. Des chercheurs d'or sont entrés dans Alder Gulch, provoquant de ce fait les Indiens Pieds-Noirs. Dans ces conditions le Père Giorda estime plus prudent de ne pas aller à Fort Benton. Il demande à De Smet de laisser la charge chez un habitant de confiance de Fort Benton. Les missionnaires s'arrangeront pour retirer la charge un peu plus tard. De Smet la confie à un général catholique d'extraction irlandaise, un certain Thomas Meagher. C'est la dernière fois que De Smet remonte entièrement le Missouri pour livrer personnellement dans les Rocheuses les envois destinés aux missions. Grâce aux navires de Chouteau De Smet a pu pendant dix ans faire gratuitement usage des navires de la American Fur Company. Chouteau avait même mis à sa disposition des hommes et des bêtes de charge pour faire le transport sur les 563 derniers kilomètres jusqu'à Saint-Ignace. La retraite de Chouteau aura pour conséquence que les Jésuites devront désormais payer tous les frais de transport. Heureusement De Smet personnellement est encore invité à voyager gratis par le capitaine La Barge, mais à l'avenir la charge passera par New York, Panama, San Francisco et Fort Vancouver avant d'arriver au Sacré Cœur. Le nouvel itinéraire est cependant plus rapide : six semaines au lieu de trois mois !
Après déchargement et chargement, l'Ontario est prêt pour le voyage de retour vers Saint-Louis. Au cours de ce retour De Smet pourra consacrer plus de temps aux Indiens du Haut-Missouri. À Fort Berthold il abandonne l'Ontario. Avec l'aide de l'interprète Pierre Garreau, De Smet parle aux Indiens Arikaras, Mandans et Gros-Ventres, tentant de leur insuffler du courage. Il baptise 150 de leurs enfants. Fin juin il repart à bord du Minor. Il en débarque à l'agence chez les Yanktons, à l'embouchure de la rivière James. Il y baptise une vieille connaissance, le chef Pananniapapi (l'Homme frappé par le chevreuil). Il lui promet de tout tenter pour y édifier une mission. Puis il prend le bateau à roues suivant pour Saint-Louis, où il arrive au début d'août.
La chaleur est étouffante (40º à l'ombre) et une épidémie de choléra fait encore beaucoup de victimes. La santé de De Smet est de nouveau affectée. De plus il perd une partie de son ouïe dans une douloureuse extraction de dent.
Entre-temps Sitting Bull et les Hunkpapas accentuent leur poussée. Ils attaquent le nouveau complexe militaire de Fort Buford, qui se trouve à trois kilomètres de Fort Union. Le premier août le gouvernement américain décide la construction de trois forts le long d'une nouvelle piste reliant le Fort Laramie avec les districts aurifères du Montana. Les Sioux Ogallalas, toujours assoiffés de combattre, sont mis hors d'eux par cette provocation. Red Cloud et ses guerriers ouvrent un deuxième front et en un rien de temps ils ont tué dans 51 escarmouches 154 voyageurs indésirables le long de la nouvelle Bozeman Trail
Le politicien O.H. Browning redemande à De Smet d'aider le gouvernement américain. En compensation le gouvernement lui promet de l'aider à créer des postes missionnaires chez les Yanktons. De Smet accepte de le tenter encore, mais il ne veut pas être payé pour cela.
Au Nord-Ouest le Père Congiato rouvre la vieille mission de Sainte-Marie sur la rivière Bitter Root, chez les Têtes-Plates. Il est accompagné du Père Ravalli qui a participé à son développement il y a seize ans, et qui y restera jusqu'à sa mort.
1867
Le général Sherman demande à De Smet d'être parrain de son plus jeune fils : Philémon Tecumseh Sherman. De Smet baptise le bébé le 9 janvier dans l'église Saint Briget.
En février une délégation de 28 Yanktons pacifiques, sous la conduite de l'Homme frappé par le chevreuil (Pananniapapi), accompagne De Smet à Washington D.C. Ils insistent entre autres pour un poste de mission. L.V.Bogy interroge De Smet sur les causes profondes du conflit avec les Ogallalas (Guerre de Red Cloud), et nomme De Smet délégué spécial pour les conversations de paix.
C'est ainsi que le major Peter De Smet de l'armée américaine va le 12 avril de Saint-Louis à Omaha à travers l'Iowa pour tenter de s'embarquer le 22 avril sur le Bighorn. De Smet espère de cette manière parer aux problèmes des années antérieures provoqués par les crues du Missouri. Il disposera d'une voiture, de deux mulets, un cheval, deux coffres et du matériel de campement. Sur le trajet de Saint-Louis à Chicago, le train s'arrête 53 fois, et le trajet de Chicago à Omaha est une épreuve pire encore. De fortes pluies ont déplacé les ponts et les voies et il faut parfois une semaine entière pour réparer les dégâts. De Smet fait les derniers 43 kilomètres en voiture et il arrive le 22 avril à Sioux City. Par chance l'Homme frappé par le chevreuil et les autres membres de la délégation sont aussi en retard. Le Bighorn se fait attendre, si bien que le groupe doit partir le 30 avril sur un autre bateau, le Guidon. Ce bateau est surchargé de marchandises et de passagers pour l'Idaho et le Montana. C'est le quinzième bateau en route pour Fort Benton cette année ! Les 250 kilomètres entre Sioux City et Yankton sont abattus en six jours par le Guidon. Après trois mois d'absence les chefs sont reçus avec exubérance dans l'agence. De Smet est obligé d'attendre qu'arrive la charge qui a été embarquée sur le Bighorn. Il lui est possible en attendant de loger dans la maison d'Alex Gion, interprète de l'agence. Il prêche dans le voisinage de Yankton. Quand la charge arrive, De Smet est prêt à partir vers l'intérieur. L'homme frappé par le chevreuil met à sa disposition une petite escorte. Complétée par Zéphyr Rencontre (interprète), Joseph Picotte (guide) et le métis Pratt, la caravane de la paix peut enfin démarrer le 21 mai. Les nuits sont encore très froides. Le 26 mai ils atteignent Fort Thompson. Dans le voisinage vivent un millier d'Indiens Sioux dans un village de cent tipis. Ce sont des Indiens Brûlés, Two-Kettles et Yanktons. De Smet espère trouver par leur intermédiaire les Ogallalas qui ont rendu périlleuses la Bozeman Trail et la construction du chemin de fer de l'Union Pacific. Deux jours plus tard ils partent vers l'ancien Fort Pierre. Ils y arrivent et peuvent y visiter un village indien de deux centaines de familles qui ont choisi la liberté. Le 7 juin arrivent les généraux Alfred Sully et Ely Parker. Sully amène cinq compagnies de soldats. Les exigences des Indiens sont simples : que les soldats s'en aillent et que cesse tout trafic par terre ou sur le Missouri. Pour Sully ces exigences sont inadmissibles. Les soldats ne partiront que lorsque les Indiens auront définitivement enterré la hache de guerre. Le 9 juin De Smet part avec les militaires vers le nouveau Fort Sully qui se trouve 40 kilomètres plus loin, mais après avoir laissé un dernier message aux tribus assoiffées de guerre. Ils y montent à bord du Graham. De Smet laisse ses bagages et ses bêtes de charge au fort. Le 9 juin ils atteignent la halte suivante : Fort Rice. Dans le voisinage deux milliers de Sioux occupent 500 tipis. Suivant ce qu'ils disent, ils sont aussi accompagnés de représentants des Hunkpapas hostiles. Sully, Parker et De Smet écoutent les griefs des Indiens. La délibération se prolonge pendant deux jours dans une ambiance positive. Le 19 juin les militaires et De Smet voguent en direction de Fort Berthold pour y aborder quatre jours plus tard, le 23 juin. À peu de distance de l'embouchure du Little Missouri vivent trois mille Indiens dans des conditions pitoyables. C'est tout ce qui reste des Indiens Arikaras, Mandans, Hidatsas (Gros-Ventres) et Minitarees. Ils vivent ensemble dans de primitives petites maisons en terre crue. On délibère avec eux aussi. Le 24 juin ils s'embarquent pour la dernière étape jusqu'à l'embouchure de la rivière Yellowstone, et ils abordent le 28 juin près d'un nouveau fort. Après son rachat par l'état américain Fort Union n'est plus un simple poste de commerce. La place stratégique à l'embouchure du Yellowstone s'appelle désormais Fort Buford et est transformée en un complexe militaire bien équipé. De Smet envoie une estafette avec une invitation aux Indiens Corbeaux et Assiniboins. Le 7 juillet les porte-parole des Assiniboins arrivent, mais les Corbeaux manquent. Ceux-ci font cependant savoir qu'il leur est impossible d'interrompre la chasse au bison qui leur est vitale. En conséquence Sully, Parker et De Smet décident de retourner vers l'Est sur le Lady Grace. Quand ils arrivent le 21 juillet à Fort Rice, deux nouvelles désagréables les attendent. Peu après leur départ un groupe nombreux de Corbeaux a, contre toute attente, apparu à Fort Buford, et juste avant leur arrivée à Fort Rice, cent Hunkpapas de l'intérieur du pays venus sur l'invitation de De Smet sont repartis. On apprend de plus que les bêtes et les chariots que De Smet avaient laissés à Fort Sully sont en déplorable état. De Smet remonte à bord du Lady Grace. Il accompagnera Sully et Parker jusqu'à Sioux City. À Fort Leavenworth ils apprennent que les Ogallalas ont attaqué Fort C.F.Smith et que Red Cloud, dans le voisinage de Fort Phil Kearny a infligé à l'armée américaine une lourde défaite (le fameux Désastre de Fetterman). Le président Andrew Johnson veut malgré tout prendre l'initiative d'une nouvelle offre de paix. De Smet est disposé à l'aider, mais il faut qu'il retourne d'abord à Saint-Louis pour s'y réapprovisionner.
On est en août et il fait torride. De Smet se sent affaibli. Il a beaucoup maigri, de 105 à 84 kilos. À Saint-Louis les médecins diagnostiquent qu'il a la maladie de Bright (une affection chronique des reins). Il faut qu'il se repose le restant de l'année pour reprendre des forces.
En octobre le traité de Medecine Lodge Creek est conclu avec les Indiens qui habitent au sud de la rivière Platte, mais au nord la guerre continue à sévir avec une véhémence extrême de la part des Indiens Sioux menés par Red Cloud.
Difficile de l'imaginer, mais De Smet se voit obligé de rectifier auprès des Jésuites allemands qu'il a bien écrit lui-même toutes ses lettres et tous ses livres ! (10)
1868
Même les généraux Sully et Parker sont impressionnés par l'influence positive que De Smet a sur les Indiens.
La guerre civile maintenant terminée a été une saignée financière, et à Washington on n'est pas très chaud pour injecter beaucoup d'argent dans une guerre contre les Indiens des prairies. Il serait plus économique d'essayer d'amener les Indiens autour d'une table de négociation, et les autorités américaines réitèrent auprès de De Smet leur demande de les aider dans ce sens. Ils promettent 3.000 dollars annuels pour financer une mission catholique chez les Yanktons. Malgré sa santé chancelante De Smet s'engage dans le projet. Il écrit à Charles Galpin, un commerçant de Fort Rice, de lui procurer pour son arrivée un interprète, un chariot, des mulets et un conducteur. Un nouveau comité de paix est assemblé comprenant les généraux Sherman, Harney, Sanborn, Terry et Sheridan. De Smet interroge Sherman sur le succès des pourparlers engagés jusqu'ici. Sherman pense qu'en septembre ceux-ci étaient en bonne voie auprès des Ogallalas et des Brûlés le long de la Platte du Nord. Mais en novembre un seul chef est venu assister au deuxième tour des pourparlers. Et à Fort Laramie plus personne ne s'est présenté. Les généraux sont de toute façon heureux d'avoir l'appui de De Smet.
Le 30 mars De Smet part en chemin de fer avec la commission de paix via Chicago en direction de Omaha qui est devenu dans l'entre-temps un important nœud ferroviaire. Le 2 avril il poursuit vers Cheyenne le voyage en chemin de fer de l'Union Pacific en compagnie de Harney, Terry, Augur (qui remplace le général Sherman entre-temps rappelé), Henderson (sénateur), Taylor, Sanborn et Tappan (un commerçant). Le 4 avril ils atteignent la Spotted Tail Agency des Sioux Brûlés sur la Platte du Nord, et le 6 avril ils arrivent à Fort Russel, un peu à l'ouest de la nouvelle ville de Cheyenne. Ici le groupe se scinde. Une délégation va vers le Sud, et le reste part vers Fort Laramie pour y converser avec les Sioux et les Cheyennes du Nord. Cette fois De Smet veut se distancer des militaires. Il est absolument convaincu que seul il obtiendra de meilleurs résultats. Il retourne en chemin de fer à Omaha et le 21 avril il embarque sur le Columbia. Il se trouve à 33 jours de distance de Fort Rice. Il est fermement décidé à prendre contact avec les Sioux révoltés et à les convaincre de l'accompagner à la table de négociation. Il espère même rencontrer Sitting Bull et les Indiens Hunkpapas, qui errent dans la vallée du Yellowstone entre les rivières Powder et Bighorn. Si tout va bien, il pourra peut-être ménager une rencontre avec Harney, Sanborn et Terry à Fort Rice.
Le 24 mai De Smet arrive à hauteur de la rivière Cannonball. À Fort Rice tout le monde a été averti de sa venue. L'information concernant ses plans téméraires s'est répandue comme un feu courant à travers la prairie. De Smet sait qu'il faut chercher les Hunkpapas à quelque 650 kilomètres à l'ouest du fort. Les Indiens autour de Fort Rice cherchent à lui faire renoncer à son plan dangereux, mais c'est peine perdue. Le missionnaire téméraire veut approcher les Hunkpapas et le fera. Quand ils se rendent compte qu'on ne le fera pas changer d'avis, les Indiens s'offrent à aider le missionnaire. Huit chefs Lakotas et Yanktons l'accompagneront. Finalement l'escorte comprend 80 personnes (parmi lesquelles The Log, Two Bears, Running Antelope, All-Over-Black, Ghost Spirit, Burning Cloud, Sitting Crow). Le courageux Charles Galpin en sera aussi. Il a trente ans d'expérience des Indiens de la prairie et il sait parfaitement quel danger va courir l'expédition. Pour démontrer le caractère pacifique de celle-ci il amènera avec lui son épouse indienne Eagle Woman (11). Elle est apparentée aux Hunkpapas et aux Two Kettles.
La caravane part le 2 juin en direction des Badlands du Dakota. Il fait très chaud et venteux. Les Indiens remarquent que la chevauchée est cette fois très dure pour le missionnaire de 67 ans. Le 8 juin, après six jours de chaleur et de poussière, De Smet demande un peu de repos. Quatre éclaireurs profiteront de la pause pour rechercher les villages des Indiens Hunkpapas. Après le repos le groupe de tête pourra aller un peu plus à l'aise par un trajet convenu d'avance où les éclaireurs pourront les rejoindre. On donne aux éclaireurs un peu de tabac en guise de rameau d'olivier. Cinq jours plus tard la chaleur devient encore plus insupportable. Le 15 juin, à la hauteur de Beaver Creek, De Smet demande de s'arrêter et d'attendre les éclaireurs. Un jour plus tard, scrutant le lointain avec sa lunette d'approche, il les voit revenir. Ils sont accompagnés de 18 guerriers Hunkpapas!
Ils fument le calumet de la paix. Four-Horns, le chef du village Hunkpapa, le recevra. La nuit venue, les Indiens organisent une petite fête. De Smet envoie un messager au général Terry pour l'avertir qu'ils ont pris contact.
Le 19 juin la délégation entre dans le village de Four-Horns, situé au confluent du Yellowstone et du Powder. Peu après un grand groupe de guerriers vient à leur rencontre. Quand les 500 cavaliers sont à 800 mètres, De Smet déroule une bannière du Sacré-Cœur et de la Vierge Marie. Les Hunkpapas croient un instant que c'est le Stars and Stripes et craignent un guet-apens. Ils se déploient en ordre de combat. Heureusement deux guerriers moins nerveux osent s'approcher. Après quelques explications ils sont tranquillisés. La crise est évitée.
Le cortège arrive à un camp assez important (600 tipis pour 4000 Indiens). Tout le monde s'y bouscule pour voir la Grande Robe Noire . Pour De Smet ceux-ci sont les vrais sauvages. Tout à coup Sitting Bull sort de sa tente pour saluer le missionnaire. Sitting Bull est amical et prend De Smet et Galpin sous sa protection personnelle dans sa propre tente. Pas de démonstration excessive, car le code d'honneur des Sioux exige que lorsqu'un membre de leur famille a été tué par un Blanc, ils doivent tuer le premier Blanc qu'ils rencontrent. Dans la tente de Sitting Bull, De Smet tombe dans un profond sommeil. Quand il se réveille, il voit que Sitting Bull, Four Horns, Black Moon et No Neck l'attendent. Ils désirent entendre ce que De Smet a à leur dire. Ils organiseront un grand débat le jour suivant. Effectivement le 20 juin à 1 heure de l'après-midi commence le Great Powder River Council. Les Indiens écoutent avec déférence et attentivement ce que De Smet expose. Ensuite Black Moon, Sitting Bull, Two Bears (Yankton) et Running Antelope (Brûlé) développent leurs points de vue. Après quatre heures de discussion les Hunkpapas conviennent qu'une délégation de 160 guerriers ira à Fort Rice. Les Hunkpapas demandent la faveur de pouvoir garder la bannière. De Smet leur accordera volontiers ce plaisir. Sitting Bull reçoit de De Smet un crucifix. La journée a été fatigante mais réussie. De Smet tombe de nouveau dans un profond sommeil dans la loge de Sitting Bull.
Le jour suivant est un dimanche, et comme il veut partir tôt, De Smet célèbre la messe à 4 heures 1/2 . Sitting Bull et trois autres chefs lui donnent un bout de conduite final dans la vallée de la Powder. Huit guerriers Hunkpapas sous la conduite de Gall voyageront avec eux jusqu'à Fort Rice. Au total la mission de paix Hunkpapa est constituée de trente familles (hommes, femmes et enfants). Le 25 juin ils envoient, depuis le camp Box Elder, All-over-Black en estafette à Fort Rice. Terry est agréablement surpris et renvoie le messager avec des félicitations et l'assurance que Terry, Harney et Sanborn les attendent avec grande impatience. Le 1er juillet, après une randonnée de dix jours, la délégation atteint Fort Rice.
Le conseil commence le jour suivant. Le long des berges du Missouri campent 50.000 Indiens des prairies, une concentration jamais vue. Chaque chef fait un discours. Les généraux lisent le nouveau traité de Fort Laramie qui a été conclu le 11 mai avec les autres Sioux dans le Sud. Le traité spécifie que les Sioux recevront une grande réserve exclusive. Elle correspondra à la partie du Dakota du Sud se trouvant à l'ouest du Missouri. Pour les trente prochaines années les Sioux peuvent compter sur un approvisionnement et la médiation d'un agent de l'autorité. Tous les forts le long de la Bozeman Trail détestée seront supprimés. Tous les Indiens signent, y compris Gall, représentant de Sitting Bull, mais celui-ci insiste : tous les forts doivent être supprimés, toute circulation par le territoire des Indiens, inclus le trafic fluvial sur le Missouri, doit être arrêtée, et tous les Blancs qui se trouvent sur le territoire indien, doivent l'abandonner. De Smet signe aussi. Terry, Sanborn et Harney se montrent de nouveau très reconnaissants à De Smet.
Pour les Américains, ceci est l'apport le plus important de De Smet à leurs efforts pour établir une paix durable entre Blancs et Indiens. Une chose est certaine : De Smet a pris un risque énorme. Pas un seul autre Blanc ne serait revenu vivant de chez les cinq mille Sioux rebelles dirigés par Sitting Bull.
Le 4 juillet De Smet vogue vers l'Est sur l'Agnes. À Fort Sully il quitte Terry, Sanborn et les autres membres de la commission pour séjourner un temps chez les Indiens de l'endroit. Le 11 juillet il s'embarque sur un autre bateau. À Fort Leavenworth il débarque de nouveau dans le but l'aller jeter un bref coup d'œil à la mission Sainte-Marie, chez les Potawatomis au Kansas. On est au 29 juillet et il fait terriblement chaud. Le Kansas est touché par une vague de chaleur avec 45º à l'ombre. À la fin d'août De Smet atteint enfin Saint-Louis après un voyage fatigant de 9654 kilomètres. Il est exténué et croit qu'il n'a plus longtemps à vivre. Il se dépêche de mettre ses pérégrinations sur le papier pour le Père Terwecoren.
En septembre Sitting Bull attaque de nouveau Fort Buford avec 150 guerriers. Ils y volent les chevaux ...
Sur le conseil du provincial Coosemans, De Smet va en Belgique pour faire contrôler sa santé. Il veut aussi essayer de rassembler les moyens de la création d'une mission chez les Yanktons. Il part de Saint-Louis le 21 novembre pour s'embarquer à New York vers l'Europe le 25 novembre. Pendant la traversée le navire affronte une violente tempête. La houle est impressionnante. De Smet dérape sur le pont glissant et se casse deux côtes. Ce n'est que dans le port de Liverpool qu'il pourra être correctement traité.
Le 29 décembre il officie la messe de mariage de son neveu Paul.
(10) Note du traducteur : Il avait d'ailleurs un vrai talent de narrateur, avec un enthousiasme parfois naïf, d'autant plus remarquable qu'il écrivait dans les trois langues, anglais, français, flamand, mais le plus souvent en anglais.
(11) Note du traducteur : Eagle Woman raconte dans ses propres écrits que De Smet était en fait terrifié, mais ce qui est admirable est qu'il persévérait malgré la peur.
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