Ma très-chère
Mère,
Arrivées au terme
de notre long voyage, je me hâte de jeter un regard sur la route, que nous
avons parcourue depuis l'envoi de la première partie de notre journal, afin de
vous en donner la continuation :
Ce fut le 25 mai que
nous quittâmes Lima pour nous rendre à bord de l'Infatigable. Les bons
habitants de cette cité hospitalière, qui nous avaient entourées de tant.
d'affection, voulaient nous faire leurs derniers adieux. Ce ne fut pas sans
sentir nos coeurs oppressés par la douleur que nous
entendîmes les regrets qu'ils exprimaient de ce que nous ne pouvions nous fixer
dans leur ville.
Le 26, fête de la
Pentecôte, nous entendîmes trois messes dans le navire et nous nous fortifiâmes
par la sainte communion. Ce jour, une séparation bien sensible fit encore
couler nos larmes ;le R.P. Gomila, qui nous avait
comblées de bonté, nous quitta. Nous pensions reprendre la mer vers le soir,
mais ce ne fut que le lendemain 27, que l'on put lever l'ancre, lequel on se
vit forcé de jeter au bout de quelques heures, après quoi, Dieu nous favorisa
d'un bon vent jusqu'au 20 juin.
Le 28, nous
n'eûmes pas la messe, parce que chacun, plus ou moins, paya de nouveau son
tribut à Neptune. Ce jour excepté, deux ou trois Pères purent offrir
journellement, le divin sacrifice, jusqu'à notre arrivée à l'embouchure de la Colombia.
Le 30, nous ne
négligeâmes rien pour terminer le mois de mai de notre mieux : notre piano
était garni de tous les chandeliers. que j'avais pu trouver ; le beau tableau
de la sainte Vierge. qui nous a été donné par M. Dugniolle,
était placé au milieu. Tous à genoux, autour de ce modeste autel, nous
chantâmes, avec effusion de coeur, nos plus belles
litanies. pour invoquer Marie, cette étoile si chère aux missionnaires
voyageurs, et à nous en tout temps.
Le 1er juin, nous
commençâmes le mois du Sacré Cour de Jésus et nous finies une neuvaine à saint
Joseph qui nous avait préservées des pirates, après quoi nous reprîmes notre
ordre du jour, que nous suivîmes exactement, ainsi que l'étude de l'anglais que
nous avions négligée depuis le passage du cap Horn.
La journée du 4
n'eut rien d'extraordinaire.
Le 5, nous
sentîmes la chaleur de la ligne que nous allions passer pour la seconde fois.
Le 6, Fête-Dieu,
combien nous fûmes heureuses de reporter nos pensées vers la chère Maison-Mère,
pour y visiter, avec nos Soeurs bien-aimées,
Notre-Seigneur exposé à leur vénération, dans cette chapelle, dont les
souvenirs nous sont toujours si précieux.
Nos journées du 7
au 12 n'offrent que la continuation d'une navigation favorisée du ciel.
Le 13, nous
passâmes la ligne à cent dix degrés de longitude, et nous eûmes une petite fête
au dîner.
Le 14., fête du
Sacré Cœur de Jésus, nous assistâmes aux cinq messes que les révérends Pères
dirent successivement et nous nous nourrîmes du pain des forts. Recevoir le
corps et le sang de Jésus-Christ, c'est toujours un bonheur, mais communier sur
un navire, c'en est un particulier, parce qu'on en sent mieux tout le prix. Le
soir, quelques pleurs versés, en nous retraçant la touchante solennité dé ce
jour à Namur, nous procurèrent une instruction sur la tristesse, par le bon
Père Louis Vercruysse ; elle nous fit grand bien.
Depuis le 13
jusqu'au 26, nous eûmes une alternative de calme et de vent 'qui nous faisait
avancer, tout en nous soulageant de l'extrême chaleur et du malaise que nous
ressentions.
Le 23, nous
étions à douze degrés de latitude, cent treize -de longitude et éloignées du
soleil de sept degrés. Vous aurez peine à croire, ma chère Mère, que recevant
les rayons de cet astre perpendiculairement sur nos tètes , nous eûmes des
passages où nous éprouvâmes un froid piquant.
Le 27, le R. P.
De Smet nous parla d'une manière assez effrayante des
dangers que nous allions rencontrer à l'entrée du fleuve Colombia;
il voulait nous armer de courage et. de résignation; nous le comprimes.
Le calme et le
vent contraire que nous eûmes les 28, 29 et 30 nous tirent craindre la disette,
car nos vivres étaient diminués au point qu'il fallut commencer à pourvoir au
manque total de légumes, en consommant un tonneau de riz au Révérend Père De Smet.
Le 2 juillet,
fête de la Visitation, le vent devenu meilleur, nous fit espérer de voir sous peu
le terme de notre traversée. Cet espoir ne fut que momentané; la mer appelée Pacifique
devint aussi houleuse qu'à notre passage au cap Horn.
Le 5, nous
sortîmes du tropique du Cancer.
Le 6, le vent
déconcerta d'autant plus tous les esprits que les provisions allaient nous
manquer absolument ; nous n'avions plus que de la viande salée avec du biscuit
de mer ; nous ne laissâmes toutefois pas pénétrer la défiance dans notre âme:
«Dieu, qui nous a
gardés , disions-nous , nous gardera encore.», C'était lui qui nous soutenait par
ce sentiment, car nous n'étions pas au plus fort de nos tribulations.
Les 7, 8 et 9,
continuation de calme.
Le 10, après
avoir assisté à deux messes, pendant lesquelles nous implorâmes ardemment la
protection
Seigneur, ne sachant plus à duel saint nous adresser, nous exposâmes les
reliques de saint Tigre et de saint Ours, afin de les intéresser en notre
faveur, pour nous obtenir un vent favorable.
Le l l , nous dîmes: On nous croit à notre destination en
Belgique ; on ne prie plus avec la même ferveur pour nous . et nous sommes
flottant sur une mer où des vents contraires vont
nous mener aux
plus rigoureuses épreuves.
Le 12, nous ne
fûmes pas une heure en même direction, par le changement continuel du vent.
Le 13, encore
calme.
Le 14 sainte
Vierge, que nous conjurâmes de nous couvrir du manteau de sa puissante,
protection, nous obtint une brise légère, a l'aide de laquelle nous avancâmes.
Le l5, le vent
malheureusement redevint mauvais.
Le 16,
continuation.
Le 17, quoiqu'un
froid excessif nous obligeât à reprendre nos flanelles, nous ne priâmes pas
moins, avec de chaudes instances, la divine Providence de veiller sur nous, et
toutes, pleines d'espoir, nous nous mîmes à préparer nos coffres, pour notre
débarquement.
Le calme des 18,
-19 et 20 nous mit dans une situation toujours plus critique.
Le 21, le
Seigneur continuant à nous éprouver, un vent d'Est nous détourna beaucoup de
l'embouchure de la Colombia, en face, de laquelle
nous nous trouvions en latitude, quoiqu'en étant éloignées de cent seize lieues
en longitude.
Le lendemain 22,
une bonne brise nous fit regagner terrain et remit la joie dans tous les coeurs.
Le 23, le vent
continuant à nous favoriser, nous espérâmes aborder à l'entrée de la Colombia, en deux jours au plus tard; nous fûmes
bien trompées dans notre attente, quand le 24, un vent de Nord-Est nous poussa
avec force dans une direction opposée; un morne silence imprimait un sinistre
difficile à décrire.
Le 25, la
consternation s'accrut d'autant plus que les vents contraires nous forçaient à
tenir la mer et qu'il ne nous restait plus de provisions; nous mangions le
dernier jambon tellement gâté que l'odeur et le goût en étaient insupportables.
Il ne nous restait qu'une très-petite quantité d'eau et, pour la prolonger,
nous avions déjà dû boire le vin que les Révérends Pères avaient reçû de leurs frères de Lima, dont l'accueil nous retraçait
si vivement la charité que saint Paul demandait aux Corinthiens pour son cher
Timothée.
Le ciel paraissait
sourd à nos supplications:
ne sachant plus
que faire, nous nous offrîmes, comme d'autres Jonas, à être jetées à la mer:
«Ah! disions-nous, ma Mère et nos Sueurs ne soupçonnent pas notre détresse; les
prières se ralentissent pour nous en Belgique; on nous croit à notre
destination , et nous luttons sur une mer en fureur. Vous comprendrez , sans
que je vous le dise, ma chère Mère, que ce sentiment était celui de la nature,
parce que la mort, vue de près, s'y exposât-on pour Dieu et pour Dieu seul , a
toujours, dans ses traits , quelque chose qui fait peur; mais ce petit moment
d'angoisse fit bientôt place à la résignation par notre abandon à la divine
Providence sur le sort qu'il lui plairait de nous réserver. .
Le 26, fête de
sainte Anne, jour que nous n'oublierons jamais, nous résolûmes des Révérends
Pères Jésuites et nous), de faire un voeu au Sacré Coeur de Marie. Après la troisième messe, le R. P. De Smet le prononça sous la formule suivante:
«Souvenez-vous, ô
très-pieuse Vierge Marie , qu'on n'a jamais entendu dire qu'aucun de ceux qui
ont. eu recours à votre protection, qui ont imploré votre secours et demandé
vos suffrages, ait été abandonné. Animés de cette confiance, ô Reine des
Vierges, ô tendre Mère, nous nous prosternons à vos pieds, nous vouons
abstinence le premier samedi après notre arrivée, en l'honneur de votre Sacré Coeur, de même la veille de votre glorieuse Assomption,
Nativité, Conception, Purification, Annonciation. Le jour de ces mêmes fêtes,
chaque prêtre dira la messe et ceux qui ne le sont pas, feront la sainte
communion, offriront le chapelet en action degrâces,
et on récitera en commun vos litanies : de plus, on continuera le même exercice
de piété, pendant trois ans, la veille du jour dédié à votre Sacré Coeur, afin d'obtenir, par votre puissante intercession,
une prompte et heureuse arrivée au lieu de notre destination. 0 divine Mère, du
Verbe fait homme pour nous, ne méprisez pas notre voeu
; mais écoutez-nous favorablement et daignez nous exaucer. Amen.
C'était la veille
de votre fête, ma bien bonne Mère, que nous courions un péril si imminent ;
nous ne nous en unîmes pas moins à nos bonnes Soeurs
de Namur, pour former les souhaits les plus heureux en votre faveur.
Pendant la nuit
on dut virer pour éviter d'approcher trop des côtes; vers neuf heures et demie
la violence du vent. fit tomber une voile d'un mât; des vagues de douze à
quinze pieds élevaient et repoussaient le navire alternativement; des racines
enlevées des rochers nous firent augurer que pourtant nous touchions à notre
mission; alors de douces larmes s'échappèrent de nos yeux. Dans la journée, le
vent se calma, mais la mer resta très agitée.
Le 28, nous
avançâmes et. nous vîmes les côtes de l'Orégon. Je
renonce, ma chère mère, à vous dépeindre l'émotion que produisit en vos enfants
la vue de cette terre si ardemment désirée et appelée par tant de voeux. Vers dix heures, nous nous retirâmes dans notre
cabine pour y chanter le Te Deum, comme Monseigneur de Namur nous
l'avait dit, dans sa dernière et précieuse lettre. Oh! comme il partait du fond
du cœur cet hommage de notre reconnaissance envers le Seigneur. Nous étions à
quinze lieues de l'embouchure du fleuve, ce ne fut cependant que le lendemain
que nous pûmes y arriver. Sorties, comme par miracle, des dangers que nous
avions courus. nous n'étions pas hors de transes; le plus mauvais pas nous
restait à faire : celui de tenter l'entrée de la Colombia.
Nous ne laissâmes pas pénétrer le moindre sentiment de défiance dans notre âme
; le bon Dieu nous avait protégées si visiblement que nous reposions sur son
secours tout-puissant.
Le 29, nous
assistâmes aux cinq messes qui furent dites pour nous rendre le ciel propice :
la première en l'honneur de la très-sainte Trinité ; une seconde à la sainte
Vierge, l'étoile de la mer; la troisième aux saints Anges, conducteurs de
l'homme dans son exil; la quatrième à saint Joseph qui nous avait été si
favorable dans la traversée; la cinquième à saint François-Xavier qui courut
tant de dangers sur l'Océan , afin qu'il nous protégeât aussi. Nous voulions.
en quelque sorte, faire violence au paradis , afin de passer heureusement la
fatale Barre qui nous séparait du fleuve.
Les âmes du
purgatoire ne furent pas oubliées; le R. P: De Smet
fit voeu d'offrir, pendant un an (sauf ses-intentions
de règle), le très-saint sacrifice de la messe pour leur délivrance.
Un épais
brouillard empêcha d'abord de bien reconnaître l'embouchure qui présente un
aspect affreux : d'énormes brisants la traversent dans toute sa largeur et nous
forçaient de nous arrêter devant le danger; quand on eut vu les obstacles, une
impulsion de terreur s'empara des esprits; ce serait vainement, disait-on,
qu'on hasarderait un tel passage. On avait préparé la chaloupe pour aller à la
sonde; le temps ne permit pas de la mettre à flot. Vers le soir, ma Soeur Supérieure proposa, au R. P. De Smet,
le retour à Lima, au cas que, nous ne pussions franchir la Barre; il
l'en détourna en disant qu'il serait préférable de se diriger vers la Californie
d'où nous pourrions ensuite nous rendre par terre au Wallamette.
Malgré les angoisses de cette journée, nous allâmes prendre notre repos ,
assurées que dormant sous la garde de la Providence, il ne nous arriverait
point de fâcheux réveil.
Le 30, nous
commençâmes notre journée par entendre deux messes et nous y priâmes bien
fervemment; vers dix heures du matin, une bonne brise s'étant levée, le
capitaine se dirigea vers l'embouchure, et après les observations qu'il fit du
haut du grand mât, il revint convaincu de l'impossibilité de surmonter ce
dédale d'écueils.
Chacun paraissait
bouleversé, quand tout à coup nous crûmes apercevoir un navire, qui nous rendit
un espoir presque perdu; tous les yeux se tinrent dirigés pendant plus de deux
heures vers le lieu d'où nous espérions le voir sortir : il parut, le capitaine
allait donner le signal de détresse (un coup de canon), quand nous le vîmes
disparaître; il s'était vu forcé de mettre à l'ancre dans la baie, proche du
cap Désappointement, le vent lui étant contraire.
L'apparition
soudaine de ce navire nous rappela ce qui avait été dit à Valparaiso : qu'un
vaisseau de guerre viendrait nous bloquer à l'entrée du fleuve. « Ce ne peut
pas être cela, disait le P. De Smet, celui dont il a
été question est un navire à trois mâts, et celui-ci n'en a que deux. Nous,
nous ajoutâmes: C'est saint Ignace qui nous avertit que demain nous passerons
la Barre. »
Depuis le matin,
le lieutenant sollicitait du capitaine d'aller avec la chaloupe visiter l'embouchure;
celui-ci, craignant que les vagues ne jetassent la frêle barque contre quel
qu'écueil, le lui avait constamment. refusé; mais vaincu par ses importunités,
il y consentit enfin. L'esquif fut bientôt mis à flot; pour nous, nous
recourûmes à notre refuge ordinaire, la prière; et puis, nous souhaitâmes la
bonne fête à notre chère Soeur supérieure.
Le 31, fête de
saint Ignace de Loyola, nous entendîmes cinq messes,
toutes en l'honneur de ce grand saint; nous 1e suppliâmes de se montrer le bon
Père de ses enfants; nous n'oubliâmes pas notre chère Mère Ignace; nous lui
demandâmes avec ferveur et confiance de nous protéger en ce jour qui devait
décider de notre sort; nous lui rappelâmes ses inquiétudes, sa tendre
sollicitude pendant la traversée de nos Soeurs de
Cincinnati; nous fûmes exaucées, comme vous allez le lire : On était convenu
avec le lieutenant d'un signal; il ne paraissait pas, on ne savait qu'en
augurer, quand il arriva vers onze heures. Vous sentez, ma bonne Mère, que
chaque coeur battait plus vite qu'à l'ordinaire: on
n'osait cependant lui adresser aucune question. L'anxiété ne fut pas longue; il
dit au capitaine que les obstacles n'étaient point insurmontables, qu'ayant
traversé la fameuse Barre, la veille, il n'avait pas trouvé moins de
cinq brasses d'eau (trente pieds). Ce fut Dieu qui permit ce rapport ;
il n'avait pas tenté le passage. Pour nous, je vous laisse juger de notre joie.
Les voiles de l'Infatigable
ne tardèrent pas à être déployées; il s'avança lentement à l'aide d'une brise
légère vers l'embouchure de la Colombia; la journée
était ravissante : un ciel sans nuage, un soleil tel que nous ne l'avions vu
depuis longtemps. A messure que nous approchions de
la redoutable Barre, les sentiments de crainte et d'espérance se manifestaient tour-à-tour. Chacun se recueillait, tâchant de se tenir
prêt à tout événement. Nous descendîmes pour réciter le chapelet, puis nous retournâmes
sur le pont où tout le monde se tenait. Nous touchions aux brisants qui
traversent le fleuve, un espace de cinq milles, et qui offre un péril éminent,
même pour le pilote le plus expérimenté. On commença à jeter la sonde, et le
matelot cria : sept brasses. Figurez-vous, ma chère Mère, un cri répété
toutes les quatre à cinq minutes. Six brasses, cinq brasses, quatre brasses,
et vous vous ferez une idée des diverses émotions éprouvées. Au cri de trois
brasses, le capitaine dit
«Nous sommes
entre la vie et la mort. Le cri de quatre brasses rendit un peu d'espoir; il
nous restait deux milles à traverser quand le cri de trois brasses nous
replongea dans la consternation. C'était le point le plus bas que nous pussions
tenir, trois pieds de moins, il fallait jeter l'ancre. Le lieutenant cria alors
au capitaine : « Nous nous sommes trompés de route,;
le fleuve se divise en deux bras, nous avons pris l'opposé. » - « Bah! répondit
celui-ci, en contemplation du danger, vous voyez bien que l’Infatigable
passe partout; avancez. » Le Tout-Puissant nous conduisit c'était visible. Cinq
minutes écoulées, nous entrions dans le canal sans le moindre obstacle. De R.
P. De Smet, en nous réunissant. pour rendre nos
actions de grâces au ciel, nous dit : « Nous venons d'échapper comme par
miracle.» Vers quatre heures, comme nous venions de prendre quelque peu de
nourriture, nous vîmes un canot qui s'avançait vers notre navire : il portait
une douzaine de sauvages de la nation Clapsapes,
avant à leur tête un américain établi sur les côtes depuis plusieurs années; on
leur fit signe d'approcher; nous fûmes effrayés de leurs cris: Catche,
catche, qu'ils ne cessaient de répéter. Arrivés à bord, ils nous firent
beaucoup d'amitiés et leur capitaine nous dit que jamais navire n'était entré
dans la branche du fleuve que nous avions prise, que quand il nous avait vus
avancer sur les brisants, il avait voulu nous prêter secours; vrais que ses Clapsapes épouvantés s'étaient refusés à le suivre. Eux ,
alors, nous firent comprendre qu'ils avaient déchiré leurs habits, qu'ils nous
avaient pleurés comme morts. L'expression de leurs gestes n'est point à rendre.
Le gouverneur du
fort Astoria nous avait aussi aperçus, et dès la
veille de notre débarquement, il s'était rendu, avec une bande de Tchinouks, à l'extrémité du cap Désappointement et y avait
fait du feu pour y attirer l'équipage. On l'avait remarqué, mais craignant que
ce ne fût un piége tendu pour s'emparer du navire, on l'évita; ils avaient
encore élevé un drapeau blanc, tiré plusieurs coups de fusil et indiqué de quel
côté nous devions prendre, mais personne ne comprit le signal. Le bon Dieu le
voulant, pour ne laisser aucun doute que c'était lui qui nous sauvait; qu'il en
soit béni éternellement! Gloire aussi à saint Ignace qui nous a protégés le
beau jour de sa fête! Nous avons nommé le canal où nous sommes entrés et que
nous avons traversé les premiers, le canal Saint-Ignace.
La seconde visite
que nous reçûmes à bord fut celle des Tchinouks,
nation qui habite l'immense forêt qui borde la côte-nord du fleuve Colombia et y forme trois grands villages. Les Clapsapes occupent la partie sud et forment une peuplade de
cent-cinquante sauvages. Ces deux nations sont ennemies ; ils sont vêtus d'une
simple chemise et d'une couverture dans laquelle ils s'enveloppent; ils sont
avides de coliers, de boucles d'oreilles et ils
donneraient tout pour ces ornements. Pour le peu que nous les vîmes, nous ne
tardâmes pas à observer combien le sauvage est circonspect dans ses paroles,
comme il parait se posséder; ils nous firent aussi mille démonstrations
d'amitié; nous leur laissâmes prendre le café qui nous était préparé; ils nous
quittèrent enfin pour faire place à d'autres : il en venait jusqu'à quatre
canots à la fois. Dieu daignera sans doute envoyer des ouvriers à cette vigne
qui n'attend que la culture. Vers le soir, le chef des Clapsapes
noirs envoya du saumon et des pommes de terre; nous en remerciâmes le Seigneur,
nous en avions si besoin! A neuf heures, tandis que tous réunis, nous chantions
le Te, Deum pour la faveur que venait de nous accorder le Tout-Puissant,
nous reçûmes la visite du capitaine du navire que nous avions aperçu près du
cap Désappointement; il avait tenté vainement de sortir du fleuve, nous dit-il,
pour nous indiquer le canal; deux fois les vents contraires l'avaient forcé de
jeter l'ancre
Le 1er août, nous
eûmes deux messes d'actions de grâces. De grand matin, M. Burney, gouverneur du
fort Astoria, était à bord. Après nous avoir donné
toutes les marques d'intérêt possibles, il s'offrit à nous diriger à travers
les nombreux bancs de sable de la rivière. Arrivés au fort, dont nous n'étions
éloignés que de deux lieues, on jeta l'ancre et nous descendîmes à terre, le coeur rempli de sentiments indéfinissables. M Burney nous
avait. fait préparer un dîner, nous l'acceptâmes avec reconnaissance. et nous y
fîmes honneur, car nous avions bon appétit.
Mme Barney est canadienne; elle parle très-bien français ;
Monsieur est écossais de naissance , il est attaché à l'honorable compagnie de
la baie d'Hudson; depuis vingt ans, il réside au fort Astoria.
Nous avons embrassé et caressé ses sept gentilles petites filles, dont
plusieurs voulaient nous suivre au Wallamette; nous
leur avons fait des petits cadeaux qui leur furent agréables, quoiqu'ils
consistassent en des bagatelles.
Le lendemain,
nous fîmes une promenade dans une forêt en apparence impénétrable; il serait
difficile, je crois, de trouver des arbres aux proportions plus gigantesques :
on nous en fit remarquer un qui avait deux cents pieds de hauteur, sur
plusieurs mètres de circonférence; un autre avait quarante-deux pieds de
circonférence. Nous vîmes une espèce d'arbuste de deux à trois pieds de faut,
portant un fruit noir assez ressemblant aux myrtilles de notre pays, les
anglais le nomment beses, on en fait une bonne
confiture; nous en mangeâmes une tarte qui fut servie au dîner. Nous
n'acceptâmes point de vin, on nous avait prévenues qu'en Amérique, du moins en
cette partie, une femme qui en boit se déshonore.
Vers sept heures
dit soir, nous fîmes nos adieux ,tu très -digne et très-respectable gouverneur,
ainsi qu'à son intéressante famille, et nous remontâmes à bord de l'Infatigable;
la journée se termina comme de coutume par le chant des litanies de la
très-sainte Vierge.
Le 2 août , nous
eûmes trois messes, après lesquelles le R. P. Desmet
partit pour le fort Vancouver, afin de nous y faire préparer un logement, et de
là informer Monseigneur Blanchet de notre arrivée; pour nous, nous ne partîmes
qu'à cinq heures, parce qu'il fallut attendre la haute marée pour lever
l'ancre. Favorisés d'une bonne brise, au bout de quelques heures, nous étions
au delà des écueils qui se prolongent un espace d'environ six lieues depuis
l'embouchure du fleuve. Cette distance parcourue, nous pûmes constamment suivre
le milieu de la rivière qui est régulière, quant à la quantité d'eau ; mais qui
exige cependant une manoeuvre continuelle, à cause de
ses nombreuses sinuosités. Cette rivière présente successivement toutes les
phases capables d'enchanter les voyageurs . doux murmure des eaux, surface unie
comme. un cristal, courant intercepté à la vue, par le rétrécissement subit des
rochers; sourds mugissements des chutes et des cascades ; rien en un mot de
plus varié que son cours, de plus pittoresque que ses rives ombragées d'arbres
de toute espèce. Un autre spectacle non moins magnifique , c est la forêt qui
dans son genre est une véritable merveille.
Nous vîmes aussi
de petites îles qu'on aurait prises facilement pourries flottilles, mêlant à
leurs voiles déployées des guirlandes de verdure et des festons de fleurs.
C'est ici que nos maîtresses de dessin devraient venir pour prendre de belles.
vues.
Le 5, après avoir
entendu deux messes, nous vous écrivîmes, ma bonne Mère ; nous pensions remettre
nos lettres au capitaine d'un navire anglais près duquel nous passâmes; mais il
ne retournait pas en Europe. Vers onze heures et demie, une barquette nous
amena le R. P. De Smet; il nous aborda en disant:
«Nous arriverons ce soir au fort, tout le monde vous attend ; les nouvelles que
j'ai reçues de nos pères des Montagnes Rocheuses , sont très-consolantes.
Depuis mon départ, la nation entière des Coeurs d'Alène s'est convertie et il y a eu plus de six cents
baptêmes , parmi les différentes nations de la Calédonie. Deux églises sont
bâties, on prépare les voies pour en bâtir d'autres. Il ajouta que Mgr.
Blanchet avait formé un collège, pour les garçons, au Wallamette,
dans la maison qui nous était destinée, mais qu'on nous en bâtissait une autre;
il termina en nous disant avec effusion de cœur:
Oh! remercions le
bon Dieu , qui nous a fait arriver d'une manière si extraordinaire et qui a
tout disposé extraordinairement.
A sept heures et
demie du soir, nous étions devant Vancouver : l'excellent gouverneur, M. John Maclaughlin et M. Douglas, nous attendaient sur le bord du
fleuve avec leur famille; ils nous reçurent avec toutes les marques d'intérêt.
possibles et nous comblèrent de bontés. Nous nous
rendîmes de suite au fort, distant de la rivière d'environ dix minutes, où nous
fûmes mises en possession de deux grandes pièces; tous les soins nous furent
prodigués et Madame la gouvernante porta ses attentions jusqu'à nous faire
servir dans un appartement séparé, pour que nous fussions plus libres. Nous
achevions de réciter la prière du soir, quand le R. P. De Smet,
entra , accompagné du digne M. De Mers, qui ne savait comment nous exprimer sa
joie. Nous quittâmes ces respectables missionnaires vers dix heures et demie,
pour prendre notre repos. Les maringouins ne nous le permirent pas ; les
piqûres insupportables nous tinrent éveillées toute la nuit; aussi
ressemblions-nous le matin à des personnes qui ont une forte irruption. Quel
fléau que ces petites pestes de maringouins! '
Le 6 mars, une
messe d'action de grâces, suivie du Te Deum, fut chantée dans la
chapelle du fort, par le R. P. De Smet ; monsieur le
gouverneur y assista avec toute sa famille. C'est un bonheur pour notre sainte
religion que ce parfait catholique soit à la tète de la compagnie de la baie
d'Hudson ; il la protège et ne cesse de lui donner son appui, de paroles et
d'exemples. Il préside à tous les exercices de piété qui se pratiquent dans le
fort avec grande édification ; tout y est réglé et y respire un air de communauté.
Quand le prière est absent, Monsieur le gouverneur récite à haute voix les
prières du matin et du soir, et il fait une instruction aux sauvages attachés
au service; de la compagnie. L'office divin se fait. ici comme en France
: on distribue le pain bénit à la messe; vous eussiez vu notre embarras, ma
chère Mère, nous ne savions qu'en faire.
Le 12 à neuf
heures du soir, après huit jours d'attente, arriva Mgr. Blanchet; il avait
voyagé tout un jour et une nuit. avec un bon nombre de ses paroissiens, qui
s'étaient empressés de l'accompagner aussitôt que la nouvelle de notre arrivée
leur fut communiquée. Comment vous dépeindre, ma chère Mère, cette première
entrevue et avec quelles vives émotions nous nous jetâmes aux pieds de ce
vénérable et zélé missionnaire. Son abord nous révéla aussitôt toute la bonté
de son cœur et sa tendre charité. C’était un bon père qui voit ses enfants
après une longue attente. Cet. accueil nous confirma dans la haute idée que le
Père De Smet nous avait fait concevoir de celui qui
doit nous servir de pasteur et de guide dans notre nouvelle patrie. Que de
motifs d'encouragement pour nous dans ce nouveau bienfait de la divine
Providence! Oh ! comme nous la bénissons de nous avoir non-seulement protégées,
conservées, amenées sur cette terre de désir, mais de nous y avoir préparé un
si puissant secours dans les travaux que nous allons entreprendre pour la
gloire de Dieu.
Le 13, dans un
nouvel entretien avec Monseigneur, il nous fit remarquer que les ministres
protestants qui, depuis plusieurs années avaient tenté de corrompre les enfants
catholiques dans leur foi, nous laissaient le champ libre. « Le bien que vous
allez faire sera immense, nous dit-il, car les pères et les mères se
réjouissent de votre arrivée; tous enverront leurs enfants pour que vous les
instruisiez. C'est dommage que vous ne soyez que six, ce n'est pas assez pour
la besogne que Dieu vous prépare.» Monseigneur nous manifesta ensuite son désir
de nous emmener au plus tôt au Wallamette, pour
éviter la maladie qui régnait au fort, et qui, depuis six jours, avait enlevé
douze; personnes. Le ciel se prêtait aux désirs de ce bon Père : vers le soir,
on vint nous annoncer qu'un bon nombre de ses paroissiens venaient d'arriver
avec trois canots pour chercher les religieuses.
Le 14, nous nous hàtames d'autant plus à faire nos préparatifs de départ,
qu'une d'entre nous avait des symptômes prononcés de la maladie, Monsieur le
gouverneur ne voulant pas que nous nous embarquassions sur les petits canots
des Canadiens, nous fit préparer un grand bateau, ce qui nous donna l'avantage
de charger une douzaine de nos caisses. A cinq heures du soir, après lui avoir
fait nos adieux, ainsi qu'aux autres familles attachées à l'honorable
compagnie, nous nous rendîmes a la chapelle pour y réciter l'itinéraires et de
là au rivage où cet excellent gouverneur, qui a été d'une générosité admirable
envers nous, voulut encore nous accompagner avec son épouse et plusieurs dames
de Vancouver qui nous exprimaient leurs regrets de ce que nous ne nous
établissions pas au fort. Madame la gouvernante nous promit de venir nous voir
et de nous confier ses petites filles.
Un adieu bien
sensible nous restait à faire au capitaine de notre navire; il nous attendait
au bord du fleuve; l'émotion fut vive de part et d'autre; nous jetâmes un
dernier regard sur l’Infatigable, et nous entrâmes dans le bateau. Après
une heure de navigation, nos rameurs attachèrent la chaloupe et les canots, et
nous allâmes camper au bord de la rivière Wallamette.
Vous raconter, ma chère Mère, ce qui se passa en nous, quand nous vîmes tous
nos bons Canadiens en activité pour préparer le campement, me serait impossible
: les uns allumaient du feu, d'autres nous dressaient une espèce de tente , qui
ne nous couvrait guère plus que si nous eussions été à la belle étoile. Vers
huit heures, nous nous réunîmes gaîment autour du feu pour souper, et quoique
nous n'eussions que la terre pour table, une natte pour la couvrir et nos
talons pour chaises, nous n'en mangeâmes pas moins de bon appétit. Notre
sentiment était celui du bonheur. Le souper fini, Mgr. Blanchet récita la
prière du soir, nous chantâmes les litanies de la sainte Vierge et nous nous retirâmes
dans notre salon de campement. Il n'était pas neuf heures, nous en profitâmes
pour rire de tout notre coeur.
Le 15, dès quatre
heures du matin, nous étions occupées avec le R. P. De Smet
et ses bons Canadiens à dresser un autel pour l'auguste sacrifice que
Monseigneur voulut célébrer et auquel nous eûmes le bonheur de communier. La
ferveur de ces zélés chrétiens nous pénétrait. au point de ne pouvoir retenir
nos larmes. C'était le grand jour de l'Assomption qui, dans l'Orégon, se célèbre le dimanche suivant;Sa Grandeur leur fit
une courte instruction dans laquelle il leur développa les sentiments qui
doivent les animer envers la reine du ciel et de la terre ; ils paraissaient,
transportés.
La sainte messe
et l'action de grâces achevée, nous remontâmes dans notre bateau et nous
avançâmes tranquillement vers la Chute, où il se forme une petite ville.
Les bords de la
rivière Wallamette n'enchantent pas moins le voyageur
que ceux du fleuve Colombia; ce sont de belles
plaines émaillées de fleurs curieuses, et puis de magnifiques forêts qui
remplissent d'admiration. A cinq heures du soir, nous arrivâmes à la Chute, où
un bon nombre de familles américaines sont établies; il y a aussi quelques
familles anglaises attachées à la compagnie de la baie d'Hudson; toutes sont
protestantes. Monseigneur nous y fit. préparer une chambre où nous couchâmes.
Le lendemain 16,
Sa Grandeur dit la sainte messe à laquelle nous communiâmes. Pendant ce temps,
nos rameurs, aidés de nos braves Canadiens, transportaient nos caisses et tout
notre bagage an-dessus de la Chute qu'on ne saurait traverser en cette saison
en canots; elle a vingt-cinq pieds de haut, ce qui rend le passage
très-difficile. A midi, nous nous embarquâmes, le cœur d'autant plus réjoui que
nous espérions aborder vers le soir à notre terre de désir, ce qui ne fut pas
possible. Nous nous arrêtâmes cette fois au
campement. de sable, pour y passer la nuit sous notre pavillon de missionnaire,
un peu plus incommode que le premier, par la grande fraîcheur de la nuit et
l'espèce de rosée qui trempa la tente et nous mouilla aussi.
Le 17, veille de
l'Assomption de la très-SainteVierge, un des plus
beaux jours de notre vie, nous aperçûmes la chère mission où nos vœux se transportaient
depuis si longtemps. Une heure plus tard, nous étions prosternées toutes six
dans l'église de Wallamette, qui ne ressemble pas mal
à l'étable de Bethléem, pour y adorer et remercier notre divin Sauveur. Là,
toutes les privations et souffrances que nous avions endurées pendant notre
long voyage ne nous parurent plus rien. Oh ! comme après avoir rendu nos
hommages à Jésus-Christ, nous rendîmes aussi grâce à celle que nous nommons
notre vie, notre douceur et notre espoir, à Marie, notre bonne Mère, par qui
nous vinrent les plus douces consolations. C'était par la protection de son
Cœur Immaculé que nous étions parties; ce fut la veille de la fête de sa
glorieuse Assomption pour la mission et de son sacré Coeur
pour nous, que nous entrâmes dans notre nouvelle patrie, après laquelle nous
avions tant soupiré. '.Nous n'étions à la maison du collège que de quelques
minutes, quand Mgr. Blanchet et les RR.PP.Jésuites
arrivèrent; nous retournâmes aussitôt à l'église, et le Te Deum fut
chanté avec émotion et reconnaissance;le Père De Smet
donna la bénédiction du très-Saint-Sacrement., après
laquelle nous allâmes prendre quelque nourriture dont nous avions grand besoin,
car c'était jeûne et il était deux heures.
Nous employâmes
le reste de la journée à approprier les deux chambres que nous devions, occuper
et à déballer quelques effets.
Le 18 dimanches
dès huit heures du matin, nous vîmes arriver en foule des cavaliers, des
femmes, des enfants, pour assister aux offices du grand jour de l'Assomption.
plusieurs s'étaient mis en route depuis la veille, afin d'être à temps pour la
messe; un certain nombre avaient fait cinq à six lieues : ils apportent de la
nourriture pour toute la journée afin de pouvoir la consacrer entièrement aux
exercices de la religion. A neuf heures, au troisième coup de la messe, la
foule se pressa vers l'église dans le plus religieux recueillement ; chacun
gardait un profond silence; les hommes se placèrent d'uni côté, les femmes de
l'autre, dans un ordre admirable. Vingt enfants de choeur,
en uniforme, entouraient l'autel; ils avaient une contenance angélique, et
l'ardent amour dont brillait leur cœur paraissait empreint sur leur visage;
nous pensions assister à une messe solennelle dans une cathédrale en Europe,
tant Mgr. Blanchet célèbre avec majesté. Quant à ses paroissiens, à peine
civilisés, c'est la foi, la dévotion, la ferveur des chrétiens de la primitive
église. Dans l'exhortation que ce zélé prélat leur fit après l'évangile, il
leur retraça l'assistance de la reine du ciel et de la terre sur la peuplade. «
Remarquez, dit-il, à ce bon et fervent troupeau qui l'écoutait en versant des
larmes, que ce ne sont point nos Supérieurs du Canada qui nous envoient ces
bonnes religieuses qui sont aujourd'hui au milieu de nous; c'est un évêque
étranger, touché de votre besoin d'instruction, c'est la Supérieure-Générale de
ces chères Soeurs qui consent à les laisser venir
dans un pays lointain, guidés simplement par l'intérêt qu'ils portent à vos
âmes et à celles de vos enfants. Oh! que ce bienfait, qui nous vient. de la
protection de la Sainte-Vierge, mérite de reconnaissance de votre part! Pour
tâcher de la témoigner aussi à ceux à qui nous devons tant, on récitera,
pendant huit jours, un chapelet en commun dans chaque famille, pour la
conservation de la santé des bonnes religieuses que le Ciel nous a envoyées,
pour le Saint-Evêque de Namur et cette digne
Supérieure-Générale qui a fait un si grand sacrifice, enfin pour toutes les
personnes qui ont contribué 'à la bonne oeuvre, et que nous devons regarder
comme nos bienfaiteurs. C'est n'est pas tout, mes enfants : pour conserver à
jamais la mémoire de l'heureuse arrivée de nos chères Soeurs
et pour mieux reconnaître cette faveur reçue par l'entremise de Marie: j'ai eu
l'inspiration de changer le patron de notre église. Au lieu du grand apôtre
Saint-Paul que nous continuerons à honorer. nous proclamerons la Sainte-Vierge,
reine de la peuplade, et la fête de sa glorieuse Assomption sera celle de la
paroisse. Tous les ans. nous renouvellerons cette solennité avec une double
pompe, nous souvenant de la grâce reçue
en ce jour; de plus, jeudi prochain à huit heures, nous chanterons une messe
d'action de grâces, suivie du Te Deum.» .Il était douze heures que l’on distribuait
encore la sainte Communion à ce bon peuple.
Au sortir de
l'église, nous reçûmes la visite d'un grand nombre de femmes et des enfants de
la réduction. Je voudrais pouvoir vous faire entendre, ma chère Mère, les
accents de reconnaissance qui nous furent exprimés. Comme nous, vous en seriez
attendrie jusqu'aux larmes. Combien de fois, répétons-nous, que nos Soeurs ne pourront croire tout ce que nous leur racontons.
Oh! que de bien à faire dans cette délicieuse mission! Comment vous décrirai-je
la journée du 22, ma chère Mère? A l’heure indiquée pour la messe d'action de
grâces, une grande partie de la réduction était accourue avec empressement.
Vous avions placé au milieu d'une espèce de reposoir, décoré de notre mieux,
une petite statue de la sainte Vierge, que nous entourâmes de chandeliers
garnis de cierges et de belles fleurs naturelles. A la fin de l'auguste
sacrifice, après le chant du Te Deum, Monseigneur prononça, d'une voix
émue mais retentissante, une consécration au Saint et Immaculé Coeur de Marie, après laquelle, prosternés devant l'autel
de fleurs, de la Reine du Ciel, nous chantâmes tous ensemble ses litanies. Oh!
comme à la récitation du chapelet qui suivit immédiatement, nous redisions avec
transport après chaque Ave Maria : 0 Marie, conçue sans péché, priez
pour nous qui avons recours à vous. Le zèle apostolique et brûlant de
Monseigneur a déjà opéré un bien immense dans ces nouveaux chrétiens. Il se
montre pour nous pasteur et père. Tant de bienfaits nous viennent de Dieu, nous
le reconnaissons, nous l'en bénissons.
Je laisse à ma Soeur Supérieure à vous donner les détails depuis notre
arrivée.
Ma chère Mère, je
joins à l'itinéraire de ma Sœur Marie-Aloysia,
attaquée, ainsi que les Soeurs Norbertine
et M. Albine de la maladie régnante, depuis le 23,
(espèce de journal quotidien que j'ai fait à Sainte Marie de Wallamette. Il est. un peu dépourvu de vie, vous
m'excuserez.
Le ler septembre, les malades vont mieux; ce fut ma Soeur Marie Aloysia la plus
attaquée; elle nous tint quelques jours dans l'inquiétude.
Le 2, nous avons
recommencé la lessive du linge que nous avons sali depuis Lima, celui de
l'église de Wallamette y est joint.
Le 4, ainsi que
les trois jours suivants, Soeur Marie Catherine était
seule à laver sous l'ombrage d'un chêne séculaire de la forêt, car je soignais
nos malades, et ma Soeur Marie-Cornélie
avec quelques canadiennes tâchaient de retrouver le plancher de l'église, sous
la terre qui le recouvrait entièrement. Il faut bien que j’essaie de vous faire
la description de la cathédrale de Monseigneur Blanchet : Figurez-vous une
enceinte, telle que vous voudrez la nommer, de quarante pieds de longueur, sur
vingt-cinq de largeur et deux de hauteur; quatre pieux soutiennent la petite
toiture qui garantit la cloche de la pluie en mémo temps qu'elle sert de
portail; un plancher encore disjoint, faute de clous; des pièces de bois, qu'on
nomme bancs, placés autour de ce bâtiment, admirable de pauvreté; un morceau de
coton, attaché avec des épingles pour devant d'autel; un petit tabernacle en
bois de sapin, sans peinture ni ornements; quatre feuilles d'images des plus
communes sur chacune desquelles se trouvent seize à vingt saints; figurez-vous,
dis-je, une telle enceinte et vous aurez l'idée la plus juste qu'il soit
possible de vous donner de l'église de Wallamette.
Mais, ma bonne Mère, dans ce sanctuaire si dépourvu où repose le Créateur du
ciel et de la terre, le fils du roi des rois, que de tabernacles vivants,
embellis par les dons d'une foi vive et d'une ardente charité viennent s'y
prosterner pour adorer Jésus-Christ et participer au banquet de son amour.
Le 7, après avoir
nettoyé notre pauvre église avec quelques bonnes sauvagesses qui étaient venues
s'offrir à nous aider, ce dont Monseigneur paraissait émerveillé, nous la
décorâmes avec ce qui se trouva dans quelques-unes de nos caisses arrivées la
veille , les rameaux fleuris et autres gracieux rameaux et guirlandes de fleurs
que nous cherchèrent les Canadiens.
Le 8, jour de la
Nativité de la sainte Vierge, quand nos zélés chrétiens entrèrent dans
l’église, ils furent dans l'extase de l'admiration; nous étions aussi
doublement heureuses; nos Soeurs étaient assez bien
rétablies pour assister à la sainte messe avec nous. Cette fête fut encore une
de ces saintes et délicieuses journées que nous n'oublierons pas. La foule qui
nous attendait au sortir de l'église, nous reconduisit, et je distribuai des
images aux petites filles; ces enfants paraissent pleines d'intelligence. Une
statue du saint Enfant Jésus avait été remarquée dans notre maison, bientôt il
y eut affluence de monde qui regardait le saint Enfant et pleurait.
Le 9, en
attendant que la maison qu'on nous bâtit soit habitable, nous allons commencer
à instruire sous le beau pavillon du ciel, pour la première communion, les
femmes et les enfants indigènes que Monseigneur nous enverra.
Le12, nous avions
dix-neuf élèves de l'âge de16 à 60 ans. Les Soeurs Marie-Cornélie et Marie-Catherine emploient six heures par
jour à leur apprendre à faire le signe de la croix, l’oraison dominicale, etc.
Ah! ma chère Mère, si les personnes amies de notre institut et tous les vrais
amis de la religion, savaient de quelles vertus sont capables les peuplades qui
nous environnent, je suis convaincue qu'elles voudraient contribuer par
quelques aumônes à l'immense dessein que Dieu a sur ces pauvres sauvages, si
avides d'instruction, pour pouvoir participer aux sacrements. Les femmes et les
enfants, qui se rendent. auprès de nous, apportent des vivres pour plusieurs
jours et couchent dans la forêt exposées aux injures de l’air, afin de
consacrer plus de temps à s'instruire : il s'en trouve qui souffrent la faim,
quand leurs petites provisions sont épuisées, plutôt que de quitter la prière.
Hier, nos Soeurs apprirent qu'une femme était depuis
deux jours sans manger; les chiens avaient enlevé sa petite provision et elle
n'avait pas voulu retourner afin de ne pas perdre de leçon de catéchisme. Du 12
au 18, nos élèves augmentèrent beaucoup : Ma Soeur Marie-Cornélie prépare une femme de 80 ans à la première
communion. Vous seriez attendrie jusqu'aux larmes de voir, cette dernière, les
journées entières répéter le signe de la croix, l'offrande du coeur à Dieu, l'oraison dominicale, qu’elle ne parvient pas
à retenir, ce qui lui faisait dire ces jours derniers à Monseigneur, qui
l'encourageait : « Tiens, père, regarde cette vieille face, il ne peut plus
rien entrer là-dedans.»(Elle lui montrait son front).
Le 19, nos Soeurs continuent leurs fonctions avec ardeur. Vous ne
pourriez croire combien on les affectionne et quelles démonstrations de
reconnaissance ces pauvres sauvagesses leur font; elles voudraient leur faire
partager leurs vivres : les unes leur apportent des melons, d'autres des pommes
de terre, du beurre, des œufs, etc.
Le 20, le P. Mangarini arrive, au comble de la joie, pour voir le R. P.
De Smet. Il a caché son dessein à la mission des
Têtes Plates, au milieu desquels il se trouvait, parce que tous l'auraient
voulu suivre, pour revoir leur apôtre qui brûle du désir d'être au milieu
d'eux. C'est un peuple de saints, dit le P.Mangarini. Comme ce bon Père portait
avec lui tout son trousseau et qu'il devait retourner sous peu, nous nous
sommes empressées de laver son linge, dont voici l’inventaire : deux chemises,
deux paires de chaussettes, deux essuie-mains, un bonnet de nuit et trois
mouchoirs de poche si usés que nous les remplacerons par d'autres. Ce zélé
missionnaire, ainsi que le Père employé aux missions des Montagnes-Rocheuses,
suit les sauvages et se conforme à leur genre de vie: Bien souvent il a dû se
nourrir de mousses et d'herbes et souffrir le froid le plus rigoureux, pendant
la durée de la chasse qui est quelquefois de trois mois.
Le 24, notre
maison n'a encore ni portes, ni châssis, ni carreaux, et pourtant nous
voudrions, à tout pris, y entrer; mais comme les ouvriers se font tant prier
quoiqu'on les paie fort cher, il faut que nous nous mettions nous-mêmes à
l'ouvrage. Soeur Marie-Aloysia
et moi, nous rabottons le plancher, ma Soeur Marie-Catherine place les carreaux de vîtres, que les Révérends Pères nous ont prêtés, et il faut
bien que nous réclamions l'assistance du frère François pour venir placer nos
portes, que ma Soeur -Marie-Aloysia
peindra ensuite.
Ce qui nous fait
désirer si ardemment notre nouvelle habitation, c'est que déjà on nous a
présenté une trentaine de pensionnaires Canadiennes qui nous procureront le
moyen de nourrir les petites orphelines qui se trouvent isolées dans les bois.
Elles habiteront avec nous; tiens les formerons aux travaux dont elles sont
susceptibles pour la culture des terres de la mission, aux soins du ménage et
autres travaux manuels. Mais, ma chère Mère, pour réaliser ce projet, qui promet
de si grands résultats, il nous faudrait. quelques secours pour habiller ces
pauvres enfants, car nous pouvons seulement espérer de les nourrir par le
produit du pensionnat dont voici le prospectus.
Par trimestre : Cent livres de farine, vingt-cinq livres
de lard ou trente-six de boeuf, quatre livres de sain
doux, un sac de pommes de terre, trois galons de pois, trois douzaines d'oeufs, un galon de sel, quatre livres de chandelles, une
livre de thé et quatre livres de riz. -
Le 25, une partie
de nos effets étaient encore à la Chute. Je partis avec ma Soeur
-Marie-Albine et la femme d'un bon vieux Canadien,
que Monseigneur me donna pour guide, afin de nous les faire expédier ;je fus
assez heureuse pour y réussir : un grand bateau, qui arrivait en même temps que
nous, pour charger du grain, nous les conduisit jusqu'au campement de sable,
d'où nos braves Canadiens les chercheront avec des charettes.
Le 28, nous
apprîmes que le feu, qui avait pris dans une forêt. à peu de distance de
Vancouver, avait gagné les magasins du fort, dans lesquels se trouvaient
plusieurs mille mesures de froment, et qu'on n'était parvenu à l'éteindre qu'au
bout de huit jours.
Le 29, 30 et 31,
tandis que je m'occupais à activer les ouvriers qui se font payer dix et douze
francs par jour, nos soeurs se dévouaient de tout
cœur à l'instruction des femmes et des enfants dont le nombre va toujours
croissant.
Le 1er, 2, 3 et 4
octobre se passèrent dans les mêmes travaux. - Nos Saurs sont entièrement
rétablies.
Le 6, le feu qui
embrasait une forêt de l'Orégon, l'espace de
plus de trente milles, fit craindre pour les granges de la mission; on
travailla toute la journée à les garantir.
Le 7, le R. P. De
Smet à qui nous devons des soins et des bienfaits que
nous ne pourrons jamais reconnaître, vint nous faire ses adieux; quoique
préparées à ce départ, nous le sentîmes vivement.
Le 8, Monseigneur
Blanchet commença en langue tchinoucks les examens
pour la première communion des personnes des deux sexes. M. grand vicaire Demers s'offrit à apprendre à nos maîtresses cette langue
comprise par les diverses tribus des Montagnes-Rocheuses; elles profiteront de
son obligeance.
Les journées du 9
au 15 n'offrirent rien de particulier.
Le 16, à notre grande joie, nous entrâmes dans
notre maison. La toiture en planches, pas trop bien jointes, a laissé place à
la pluie qui est venue nous mouiller dans notre lit, dés la première nuit, sans
cependant nous empêcher de dormir.
Le 17, notre
divin Sauveur vint habiter dans le modeste sanctuaire que nous avions préparé
de notre mieux. A six heures du matin, Monseigneur bénissait la petite
chapelle, ravissante de simplicité. A sept heures, le R. P. Devos, qui va
habiter l'établissement du lac Saint-Ignace à une
demi lieue du nôtre, commençait l'auguste sacrifice. Oh! ma chère Mère, quelle
belle journée encore pour vos enfants! Monseigneur avait permis l’exposition du
très -St.-Sacrement; nous chantâmes les vêpres et le salut et nous nous
laissâmes aller à cette joie indéfinissable que l'on éprouve en pareille
circonstance. Nous aurons la sainte messe tous les jours et une instruction
tous les dimanches par un des Révérends Pères de la Compagnie de Jésus. Nous
avons pris la tâche de l'entretien de l’église et du blanchissage du linge; nous
exercerons le même acte de reconnaissance envers les Révérends Pères du lac Saint-Ignace.
Le 18, jour fixé
pour la première communion de trente-trois femmes, instruites par nos Soeurs, je leur permis d'assister à la cérémonie. Elles
revinrent comblées de consolations et abondamment. dédommagées des fatigues
auxquelles elles s'étaient livrées pour les y préparer; ce qui les avait sur tout
pénétrées, c'était l'air si humble, si modeste, si dévôt
avec lequel ces bonnes femmes s'approchèrent de la sainte table. Leur foi leur
rend Jésus-Christ comme visible.
Depuis le 18
octobre jusqu'au 4 novembre, rien de particulier.
Le 5, un Canadien
qui avait accompagné les Révérends Pères venant de Cincinnati et de St-Louis,
pour se rendre aux Montagnes-Rocheuses, nous apporta un gros paquet de lettres
de nos Soeurs bien-aimées de Cincinnati. Il faut être
dans ses régions lointaines pour savoir combien une telle réception procure de
bonheur.
Le 6, nous
redîmes un second paquet, par Monseigneur Blanchet, qui augmenta d'autant plus
notre jouissance. qu'il contenait une lettre de ma chère Mère Constantine, et
les premières nouvelles de notre approbation (1). Nous fîmes la sainte
Communion pour remercier le Seigneur des grâces sans nombre qu'il répand sur
notre institut.
Le 7, 8 et 9,
nous étions en prières et en examen afin de prendre une détermination conforme
à la volonté divine pour un établissement à faire à la Chute que Monseigneur et
le P. Devos trouvent d'autant plus important, que si nous nous emparons de ce
point et de quelques autres abandonnés récemment par les ministres protestants,
nous leur fermerons l'entrée à de nouvelles tentatives; mais quelle résolution,
et comment l'exécuter?
(1) Sa Sainteté Grégoire XVI, approuva l'Institut des Soeurs
de Notre-Dame, par décret du 28 juin 1844.
Nous ne sommes
que six Soeurs et déjà le travail que le bon Dieu
nous a préparé à Ste-Marie de Wallamette, en
occuperait douze et plus. Quoique les ressources pécuniaires nous manquent,
aussi bien que les sujets, il faudra cependant bien répondre aux desseins du
ciel.
Monseigneur a le
projet de passer en Europe et mérite de se rendre à Namur, pour obtenir encore
douze Soeurs de Notre-Dame. Mais réussira-t-il? Vous avez
dù faire de si grands sacrifices pour notre départ et
mettre même toutes nos maisons à la gène !
Le 7, nos Soeurs entrent en retraite pour huit jours. C'est le R. P.
Devos qui leur donne les exercices. Le zèle apostolique de ce bon missionnaire
est propre à graver dans nos âmes le véritable esprit que nous devons avoir
pour la mission à laquelle nous sommes appelées.
Le 8,Mgr.
Blanchet nous annoncé son départ pour l'Europe, fixé au 12. Le dénuement dans
lequel se trouve ce saint prélat, nécessite que nous nous mettions à l’ouvrage
pour lui faire une Soutane, etc. C'est en souffrant la faim, la soif et la
nudité, qu'il a rangé sous l'étendard de la croix les sauvages de Wallamette, de Cowlitz, de Nesqually, etc. Son genre de vie est toujours le même: il
demandait., il y a quelques jours, un verre d'eau (seule boisson du pays) à une
de nos Soeurs, en finissant un catéchisme qui avait
duré plusieurs heures. Elle y joignit du sucre. «Oh! dit-il, en le refusant :
'Notre divin Sauveur n'eut que du fiel. Puis il ajouta : vous devez me trouver
bien immortifié de ne pas savoir souffir un peu la
soif.»
Nos Soeurs en retraite, ma chère Mère, obtiennent du directeur
la permission de vous écrire ; leurs lettres pour vous et pour leurs bien chers
parents seront jointes aux miennes, et
toutes, nous en avons l'espoir vous parviendront par Mgr. Blanchet. Nous allons
d'autant plus prier le bon Dieu de bénir son voyage, que nous avons le
pressentiment que le Seigneur nous donnera les moyens de réaliser les
admirables desseins de sa Providence sur ces peuplades.
Nous offrons
l'hommage de notre respect et de notre vive reconnaissance à Monseigneur de
Namur, à M. le chanoine de Montpellier, ainsi qu’à Messieurs les
ecclésiastiques et autres personnes qui s'intéressent à notre mission.
Bénissez, ma très-chère Mère, vos enfants les plus éloignées.
Votre attachée
fille,
Soeur Loyola,
Soeur de
Notre-Dame.
Sainte-Marie-de-Wallamette, 13 novembre 1844.