EXCURSION CHEZ LES SAUVAGES, EN 1863
A la page 106 de ce volume, nous avons publié une
lettre du P. De Smet, intitulée : Visite aux Indiens, en 1863. Ce n'était
qu'une esquisse de son dernier et long voyage. Aujourd'hui nous avons une
relation écrite par ce missionnaire, pendant une maladie qu'il a faite après
son retour à Saint-Louis.
Notre zélé patriote y était revenu malade, par
suite de ses fatigues. Il nous écrivait, le 11 mars : « Depuis mon retour à
Saint-Louis, à la fin de décembre 1863, j'ai eu bien de petites maladies. Il y
a près de trois semaines que je sors à peine de ma chambre. Je suis affligé par
de terribles maux de tête, des glandes, des clous, etc. Mon état est tel, que
je crains qu'on ne me permettra pas, cette année, de retourner parmi les tribus
indiennes des Plaines; et d'ailleurs on s'attend à une terrible guerre contre
les Sioux, qui, l'année dernière, ont massacré un grand nombre de Blancs. »
Le 29 mars, il nous disait : « Nous sommes
aujourd'hui à la veille du départ des bateaux à vapeur pour le Haut-Missouri.
3,000 à 4,000 soldats partiront incessamment pour aller soumettre les Sioux
rebelles. J'ai reçu, il y a quelques jours, une demande de la part du
gouvernement, pour accompagner ses agents dans le territoire indien, en
qualité de pacificateur, et amener les Indiens à une bonne entente avec les
employés de leur Grand-Père de Washington. Les suites de ma maladie, ma toux
surtout, m'empêchent d'accepter les propositions honorables qui m'ont été
faites. Mais dès qu'il me sera permis de quitter Saint-Louis, Deo dante,
je me rendrai parmi celles des bandes Siouses qui sont encore tranquilles, afin
de leur annoncer la parole du Seigneur; et de les prémunir contre les conseils
pernicieux de leurs frères rebelles, qui font tout leur possible pour les
entraîner dans leur cruelle et barbare guerre contre les Blancs. Avec l'aide de
quelques bons chefs, il me sera peut-être possible et même facile de pénétrer
parmi les bandes armées contre les États-Unis. J'ose espérer qu'ils
m'admettront sous le titre, qu'ils m'accordent assez généralement, d'envoyé
du Grand-Esprit. Ma réception serait bien différente si je me présentais
dans la compagnie du général de l'armée et des agents du gouvernement : à coup
sûr, ma robe noire cesserait alors d'être pour moi un passe-port dans le pays
indien. C'est ce que j'ai tâché d'exposer au Commissaire des Affaires indiennes
à Washington, et j'espère qu'il admettra avec bienveillance mes excuses. »
Le 16 avril, le bon P. De Smet, à peine rétabli,
nous annonçait un nouveau voyage. « L'état de ma santé s'améliore
insensiblement avec le retour du printemps, à tel point que je pourrai
reprendre la longue route qui mène au pays indien. Je suis à la veille de mon
départ. Le Père Supérieur m'envoie, sous la bonne garde de la Providence,
auprès de ces terribles Sioux. Je vous en parle dans ma longue lettre. J'y
vais, non-seulement en qualité de missionnaire, mais aussi en qualité de
pacificateur envoyé par le gouvernement de Washington, et pourvu de tous les
pouvoirs nécessaires pour remplir cette importante mission. Je ne prendrai avec
moi qu'un interprète et deux hommes pour avoir soin des campements de nuit, des
chevaux et de la chasse. Dans tout cela, la seule chose qui me console et me
rassure, c'est que je pars sous la direction de la sainte obéissance, et que je
pars avec l'unique intention de faire, s'il est possible, quelque bien aux
Blancs qui sont aujourd'hui si exposés dans cette région lointaine, ainsi
qu'aux malheureux Sauvages qui se sont laissé entraîner par la fougue de leurs
terribles et cruelles passions, et par l'esprit d'une vengeance sans frein
contre ceux qu'ils regardent comme leurs oppresseurs. Vous le voyez, mou cher
Père, ma tâche sera bien lourde, bien difficile, bien dangereuse. Dieu soit
loué ! Si j'en parle, c'est parce que
j'aurai besoin de beaucoup de grâces. Le ciel seul est capable, de fléchir ces
cœurs sauvages et barbares. Je compte sur vos prières, sur celles de nos chers
confrères, des bonnes religieuses que nous avons visitées ensemble, et de tous
les bienfaiteurs de nos missions. Le. R. P. Van Caloen, j'en suis sûr,
recommandera bien spécialement mon excursion aux pieux souvenirs de ses
nombreuses confraternités de Saint-François-Xavier. Que le R. P. Boone veuille
aussi la recommander aux prières des Dames de l'Adoration; et il n'oubliera
pas, j'espère, de faire expédier le nouvel envoi d'ornements d'église et de
vases sacrés que nous avons demandé pour subvenir aux besoins pressants de nos
pauvres missions indiennes. La chère Belgique et la Hollande ont tant fait pour
l'Amérique ! D'autres pays aussi se sont
montrés généreux en prières et en aumônes. Vous me permettrez, mon révérend
Père, de me servir de l'entremise des Précis Historiques pour remplir un
devoir de reconnaissance envers les amis et les bienfaiteurs de nos missions.
Nous avons encore beaucoup plus besoin de leur concours en ce moment. Outre la
guerre si désolante pour les missions indiennes, elles sont très menacées par
la grande émigration qui se fait en ce moment vers les Montagnes-Rocheuses. De
ces émigrants, les uns sont attirés par les mines d'or, les autres cherchent à
échapper à la conscription militaire. Dites, s'il vous plait, aux Dames de
l'Adoration un mot en notre faveur. Les missions indiennes ont tant besoin
d'objets religieux. Un grand nombre d'églises ont été bâties depuis quatre ans;
elles sont toutes bien pauvres : on doit porter les vases sacrés et les
ornements sacerdotaux de l'une à l'autre, et cela à plusieurs journées de
distance. »
Après avoir lu ces extraits de différentes lettres
du P. De Smet, le lecteur s'intéressera encore davantage au récit de son
excursion en 1863 chez les Sauvages, parmi lesquels il se retrouve probablement
au moment où nous écrivons ces lignes.
Université
de Saint-Louis, 27 mars 1864.
Mon révérend et
bien cher Père,
Je viens
accomplir ma promesse, en vous donnant un petit narré sur ma dernière mission et
longue excursion parmi les tribus indiennes des hautes plaines du Missouri,
dans le territoire de Nebraska et dans la partie orientale du nouveau et grand
territoire de l'Idaho, ou la région des fleurs. L'Idaho est situé au
nord des territoires de l'Utah et du Colorado, à l'ouest du Nebraska. Il
embrasse quatre degrés de latitude, du 41e au 45e dans sa
moitié orientale, et du 42e au 46e dans sa moitié
occidentale; et 13 degrés de longitude, à partir du 104e jusqu'au
117e degré. Des indispositions assez fréquentes et des occupations
assidues m'ont fait retarder de vous écrire.
I
Ma mission n'a
pas été aussi heureuse, ni les fruits aussi abondants que je le désirais, à
cause de la grande et malheureuse guerre soulevée par la nombreuse nation de
Sioux, qui compte 30,000 à 40,000 âmes dans ses différentes bandes. Elles sont
disséminées sur un vaste territoire, s'étendant du Mississipi supérieur à
l'est, jusqu'aux Montagnes-noires, ou Black Hills, à l'ouest; et des
Fourches de la Rivière-Plate au sud, jusqu'au Mine-Wakan ou Lac du Diable au
nord, 48 degrés de latitude.
J'ai eu la
consolation toutefois de conférer le sacrement du baptême à près de 500
personnes, pour la plupart de petits innocents, des malades en danger de mort,
et des Sauvages très avancés en âge. Pendant mon séjour parmi eux, plusieurs
sont morts, après avoir eu le bonheur d'obtenir les faveurs de leur
régénération en Dieu. J'ajouterai ici mon petit tribut de reconnaissance aux
dames de Saint-Louis et de Philadelphie, qui ont si charitablement contribué
aux besoins de ma mission. Outre leurs pieuses aumônes en argent, en chapelets,
médailles et images, elles m'ont procuré environ mille petites chemises et
jupons, travail de leurs mains, pour les enfants nouvellement baptisés. La joie
bien réelle et sincère des pauvres mères indiennes se manifesta dans leur
bonheur de pouvoir habiller leurs enfants, pour les présenter avec décence à
cette fête solennelle. L'insigne charité de ces dames obtiendra, sans doute, la
bénédiction du ciel, car il est écrit : Quod uni ex minimis meis fecistis,
mihi fecistis, dicit Dominus.
La malheureuse
guerre qui sévit aujourd'hui si cruellement dans toute l'étendue du
Grand-Désert a été, comme tant d'autres guerres indiennes, provoquée, disent
ces pauvres Sauvages, « par les nombreuses injustices et les méfaits
commis par les Blancs et les agents mêmes du gouvernement. Pendant des années,
ils se sont crus impunément trompés dans la vente de leurs possessions
territoriales, et ensuite par la soustraction, ou plutôt le vol ouvert de
sommes immenses que le gouvernement leur payait en échange. » Les Indiens, poussés à bout, et sans avoir pu
obtenir justice de leurs adversaires, jettent enfin le terrible cri de guerre
contre toute la race ennemie, et, pour me servir de leurs propres paroles : ils
ont soif de sang; ils déterrent la hache de guerre; ils lèvent le casse-tête;
ils préparent les plumes d'aigles pour orner leurs coiffures. Chez eux
chaque plume dénote une chevelure enlevée. Depuis deux ans, les Sioux parcourent
les frontières du Minnesota, du Missouri et l'intérieur des grandes plaines de
l'ouest, à la recherche de victimes pour assouvir leur terrible et brutale
vengeance. Sans égard ni à l'âge ni au sexe, ils massacrent indistinctement
tous les Blancs qu'ils rencontrent. Déjà on compte au delà de 800 malheureuses
victimes, tombées sous leurs coups barbares et cruels, depuis le commencement
des hostilités. L'année dernière, trente-sept prisonniers ont été pendus dans
le Minnesota. Sur ce nombre, trente-quatre ont demandé et reçu le baptême. Un
prêtre se trouvait heureusement dans le voisinage pour le leur donner. Toutes
les tribus ennemies de Sioux sont encore plongées dans l'ignorance du
paganisme. Cette nouvelle guerre, d'après les rapports, coûte déjà au gouvernement
au delà de 20,000,000 de dollars, environ 100,000,000 de francs. Dans ce pays,
les spéculateurs, les entrepreneurs, les politiques intéressés et autres de
même acabit, feront des efforts pour traîner cette malheureuse guerre en
longueur; car c'est autant d'écus entrés dans leurs caisses. J'en parle pour
donner une petite idée de la cause de cette guerre et de ses terribles
conséquences. Aujourd'hui, au moment où je vous écris, on lève une nouvelle
armée de 40,000 recrues, pour continuer l'invasion du pays indien.
Le 9 mai 1863,
j'avais quitté Saint-Louis, accompagné de deux Frères coadjuteurs, destinés aux
missions des Montagnes-Rocheuses. Notre passage sur le bateau à vapeur était
favorable et heureux. Tous les jours j'avais la consolation et le bonheur de
célébrer le saint sacrifice de la messe dans ma chambrette. Partout, dans les
différents postes, situés le long du fleuve, où le bateau devait s'arrêter, je
fus récit avec bonté et avec respect par toutes les tribus, avides d'entendre
la parole du Seigneur. J'employais tous ces moments précieux, soit de la
journée, soit de la nuit, à instruire et à régénérer dans les saintes eaux du
baptême les nombreux petits enfants qu'on s'empressait de me présenter.
Parmi les tribus
principales que j'ai rencontrées le long des bords du Missouri, se trouvaient
différentes bandes de Sioux, d'Assiniboins, de Corbeaux, de Gros-Ventres des
Prairies, des Pégans; et les trois nations unies de Mandans, d'Arricaras et de
Minataries, formant un seul village d'environ 3,000 âmes. A eux peut
s'appliquer le texte de Jérémie : « Parvuli petierunt panem, et non
erat qui frangeret eis; les petits enfants ont demandé du pain, et il n'y
avait personne pour le leur rompre. »
Depuis des années, ces pauvres et malheureux Sauvages demandent le
secours des missionnaires avec les plus vives instances.
Pendant une
navigation de 2,400 milles, nous ne rencontrâmes aucun obstacle ni de la part
des ennemis qui infestaient le pays, ni des nombreux écueils, chicots et bancs
de sable, dont la rivière est parsemée dans toute son étendue. Les chaleurs
étaient souvent très grandes et étouffantes; maintefois la brise et le vent
étaient semblables au siroco de l'Afrique. A différentes reprises, le
thermomètre de Fahrenheit dépassait les 100 degrés. L'eau était si basse, que
le capitaine se trouva dans la dure nécessité de mettre tout son monde, composé
de 90 passagers, et toute sa cargaison, consistant en 200 tonnes, dans la forêt
qui borde l'embouchure de la Rivière-au-lait, et à 300 milles de sa
destination, le fort Benton. Nous étions alors au 29 juin. Chaque passager
choisit son gîte dans la forêt et s'y arrangea de son mieux. Le général Harney
m'avait présenté sa grande tente de camp avant mon départ de Saint-Louis;
j'avais ma petite chapelle, ma petite cuisine, les literies et les provisions
nécessaires; et, en moins d'une heure, avec l'aide des deux Frères, nous nous
trouvions installés assez convenablement à l'ombre de quelques gros cotonniers,
ou populus canadensis, de la classe des peupliers.
II
J'ai parlé à
différentes reprises, dans mes lettres antérieures, des propriétés distinctives
de la rivière Missouri, des obstacles qu'on y rencontre dans son long cours, des
bancs de sable dont son lit est parsemé, et, pour la saison des grandes eaux,
des nombreux éboulements des rivages et des hauts coteaux. Souvent on les voit
glisser ou descendre avec fracas comme des avalanches, entraînant plusieurs
arpents à la fois, avec les forêts épaisses qui les couvrent. Ces éboulements
se transforment ensuite en monceaux de bois et de chicots dans le courant
impétueux du fleuve, formant un nouveau chenal et changeant ainsi, année par
année, son lit spacieux dans la vallée, de 6 à 10 milles de largeur, qu'il
traverse en serpentant.
Il me reste
encore à ajouter quelques remarques particulières sur la zoologie et la
botanique de la contrée que le Missouri traverse. Elles ne seront peut-être pas
hors de propos; car, d'après nos amateurs scientifiques, ce pays possède,
jusque dans ses anciens faunus et flora, des formes et des types
qu'on ne rencontre pas ailleurs.
Depuis
l'embouchure du Missouri jusqu'au confluent de la Plate ou Nebraska, intervalle
de 760 milles, les forêts, sur ses deux bords, sont continues, vastes et
belles. Le haut plateau présente ordinairement une haute crue d'arbres
forestiers de différentes espèces. Dans le voisinage du Council-Bluffs (793
milles), cette crue diminue en hauteur, en quantité et en valeur. Les plateaux
élevés fournissent seulement des lisières de bois d'une moindre croissance, le
long des courants d'eau. Les bas-fonds du Missouri sont couverts d'une riche
végétation de plantes et de gazon, souvent à une hauteur de 8 à 10 pieds, où le
cavalier peut être à peine aperçu. Ils sont d'une fertilité extraordinaire. Son
sol végétal a plusieurs pieds de profondeur; il est formé par la décomposition
annuelle de sa haute végétation.
Les arbres
forestiers du Council-Bluffs jusqu'aux côtes à Dorion, 1,093 milles, consistent
principalement en cotonniers, en noyers noirs et blancs. On y trouve le frêne,
l'orme rouge, l'érable, différentes espèces de chênes, le cafier sauvage, le celtis
occidentalis, le tilia americana du genre des tilleuls, et le mûrier.
Les arbres et les broussailles d'une moindre futaie sont : le cerisier, le
frêne épineux, le vinaigrier, etc. Le cotonnier prédomine dans les bas-fonds et
couvre toutes les îles de la rivière. Le sycomore, platanus occidentalis,
se fait remarquer dans les forêts le long de la rivière, jusque dans le
voisinage du Council-Bluffs, où l'on aperçoit le dernier. Aux côtes, à Dorion,
on commence à trouver le Buisson-aux-graines-à-bœufs, qui, de là jusqu'aux
sources de la rivière, sont partout très abondantes. Dans le même voisinage le
sol végétal semble s'amoindrir, et plusieurs espèces d'arbres forestiers
disparaissent, entre autres les noyers, l'érable, l'orme mou. D'autres leur
succèdent, et jusqu'aux montagnes on trouve l'orme américain, le frêne, le buis,
buxus, quelques rares chênes, le cotonnier, qui se trouve partout dans
les bas-fonds; on y remarque cà et là les cèdres
rouges, et, dans le voisinage des montagnes, les plus hautes collines sont
couvertes de pins. Tout le long des courants d'eau, on voit des lisières de
petits arbres et de broussailles, le cornus cerisea, le saule rouge,
plusieurs espèces de salix, quelques rares mûriers et frênes épineux.
Il y a, dans
cette région élevée, une saison de pluie et une saison de sécheresse : la
saison pluvieuse commence ordinairement vers le milieu de mars endure jusque la
mi-mai; la saison sèche s'étend de la mi-juillet jusqu'en automne, et souvent
jusque dans la première partie de l'hiver. Les trois quarts des plantes
fleurissent dans le mois de mai et jusque vers la fin de juillet. Aux mois
d'août et de septembre, par la grande sécheresse, le sol se crevasse et toute
végétation périt; l'aspect du pays porte alors l'empreinte d'une vaste
désolation.
La portion
principale de la Flore dans le Haut-Missouri appartient aux familles des
crucifères, légumineuses, composées, chénopodiacées et graminées. Dans la
région des pierres à chaux du Missouri, on trouve en abondance l'érable à
sucre, acer saccharinum; un grand nombre de différentes espèces de
chênes et de noyers, jusqu'au 42 ½ degré de latitude. A l'embouchure de la
grande Siouse (956 milles), on trouve en abondance le fraxinus americana,
le fraxinus quadrangulata, le tilia americana, le gymnocladus
canadensis, qui atteint une hauteur de soixante pieds. L'ulmus fulva
y est commun et se mêle avec le juglans nigra, le juglans cinerea,
le celtis occidentalis, le gleditschia triacanthos, l’acer
rubrum et deux ou trois espèces de chênes.
Parmi les petits arbres
ou buissons de la forêt, qui sont très variés, je nommerai la graine-à-bœuf, ou
sheperdia argentea, le zanthoxylum americanum, le staphylia
trifoliata, l'evonymus atropurpureus, le symphoricarpus vulgaris,
qui, dans certains endroits, couvre un sol de plusieurs milles; le cornus
sericea et stolifera, le vitis ribes et rosa, le rhus
et le salix. L'ulmus americana se trouve dans tous les endroits
près des rivières. On y trouve aussi une espèce de fraxinus, le negundo
aceroides, le quercus macrocarpa et deux autres espèces; deux
espèces du juniperus y sont communes. Le pinus
brachyptera abonde; le sarcobetus vermicularis s'y trouve également; il appartient à la
famille des chenopodiaceœ.
Les racines,
propres à manger, et dont les Indiens et les voyageurs font grand usage, sont
la pomme blanche ou psoralea esculenta, la noix de terre ou apios
tuberosa, qui est très agréable et nourrissante; l'helianthus,
qui ressemble à l'artichaut.
Les fruits
naturels au pays sont le cerasus virginiana, l'amelanchia canadensis
des États-Unis, ou pyrus domestica de l'Angleterre; le sheperdia
argentea, le prunier et le bouton de rose.
J'aurais encore à
ajouter une longue liste de fleurs et de fruits propres au pays; mais je me propose
de vous l'envoyer dans une autre lettre, si mes occupations me le permettent.
Les seules tribus
qui ont recours à l'agriculture, dans cette région élevée et éloignée, à 1,916
milles au-dessus de Saint-Louis, sont les Arikaries, les Minataries et les
Mandans, qui récoltent, année par année, environ 7,500 minots de maïs, et des
fèves, des citrouilles et des patates en proportion.
Les principaux
animaux du pays sont : le buffle, l'orignal, le cerf, le chevreuil ordinaire ou
cervus virginianus, et le chevreuil à queue noire ou cervus macrotis;
la grosse corne, ovis montana;
le cabri, antholops; l'ours gris, l'ours noir
et l'ours brun; le carcajou, le loup, le renard, le castor, le rat musqué, le
rat de bois, le chien des prairies, plusieurs espèces d'écureuils.
Parmi les
volailles : les dindes, les poules de prairie, les perdrix, les oies, les
outardes, les cygnes, les canards, etc.
(Pour
être continué.)