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1864 - lettre 65 - Excursion chez les sauvages.

EXCURSION CHEZ LES SAUVAGES, EN 1863

 

 

A la page 106 de ce volume, nous avons publié une lettre du P. De Smet, intitulée : Visite aux Indiens, en 1863. Ce n'était qu'une esquisse de son dernier et long voyage. Aujourd'hui nous avons une relation écrite par ce missionnaire, pendant une maladie qu'il a faite après son retour à Saint-Louis.

 

Notre zélé patriote y était revenu malade, par suite de ses fatigues. Il nous écrivait, le 11 mars : « Depuis mon retour à Saint-Louis, à la fin de décembre 1863, j'ai eu bien de petites maladies. Il y a près de trois semaines que je sors à peine de ma chambre. Je suis affligé par de terribles maux de tête, des glandes, des clous, etc. Mon état est tel, que je crains qu'on ne me permettra pas, cette année, de retourner parmi les tribus indiennes des Plaines; et d'ailleurs on s'attend à une terrible guerre contre les Sioux, qui, l'année dernière, ont massacré un grand nombre de Blancs. »

 

Le 29 mars, il nous disait : « Nous sommes aujourd'hui à la veille du départ des bateaux à vapeur pour le Haut-Missouri. 3,000 à 4,000 soldats partiront incessamment pour aller soumettre les Sioux rebelles. J'ai reçu, il y a quelques jours, une demande de la part du gouvernement, pour accompagner ses agents dans le territoire indien, en qualité de pacificateur, et amener les Indiens à une bonne entente avec les employés de leur Grand-Père de Washington. Les suites de ma maladie, ma toux surtout, m'empêchent d'accepter les propositions honorables qui m'ont été faites. Mais dès qu'il me sera permis de quitter Saint-Louis, Deo dante, je me rendrai parmi celles des bandes Siouses qui sont encore tranquilles, afin de leur annoncer la parole du Seigneur; et de les prémunir contre les conseils pernicieux de leurs frères rebelles, qui font tout leur possible pour les entraîner dans leur cruelle et barbare guerre contre les Blancs. Avec l'aide de quelques bons chefs, il me sera peut-être possible et même facile de pénétrer parmi les bandes armées contre les États-Unis. J'ose espérer qu'ils m'admettront sous le titre, qu'ils m'accordent assez généralement, d'envoyé du Grand-Esprit. Ma réception serait bien différente si je me présentais dans la compagnie du général de l'armée et des agents du gouvernement : à coup sûr, ma robe noire cesserait alors d'être pour moi un passe-port dans le pays indien. C'est ce que j'ai tâché d'exposer au Commissaire des Affaires indiennes à Washington, et j'espère qu'il admettra avec bienveillance mes excuses. »

 

Le 16 avril, le bon P. De Smet, à peine rétabli, nous annonçait un nouveau voyage. « L'état de ma santé s'améliore insensiblement avec le retour du printemps, à tel point que je pourrai reprendre la longue route qui mène au pays indien. Je suis à la veille de mon départ. Le Père Supérieur m'envoie, sous la bonne garde de la Providence, auprès de ces terribles Sioux. Je vous en parle dans ma longue lettre. J'y vais, non-seulement en qualité de missionnaire, mais aussi en qualité de pacificateur envoyé par le gouvernement de Washington, et pourvu de tous les pouvoirs nécessaires pour remplir cette importante mission. Je ne prendrai avec moi qu'un interprète et deux hommes pour avoir soin des campements de nuit, des chevaux et de la chasse. Dans tout cela, la seule chose qui me console et me rassure, c'est que je pars sous la direction de la sainte obéissance, et que je pars avec l'unique intention de faire, s'il est possible, quelque bien aux Blancs qui sont aujourd'hui si exposés dans cette région lointaine, ainsi qu'aux malheureux Sauvages qui se sont laissé entraîner par la fougue de leurs terribles et cruelles passions, et par l'esprit d'une vengeance sans frein contre ceux qu'ils regardent comme leurs oppresseurs. Vous le voyez, mou cher Père, ma tâche sera bien lourde, bien difficile, bien dangereuse. Dieu soit loué !  Si j'en parle, c'est parce que j'aurai besoin de beaucoup de grâces. Le ciel seul est capable, de fléchir ces cœurs sauvages et barbares. Je compte sur vos prières, sur celles de nos chers confrères, des bonnes religieuses que nous avons visitées ensemble, et de tous les bienfaiteurs de nos missions. Le. R. P. Van Caloen, j'en suis sûr, recommandera bien spécialement mon excursion aux pieux souvenirs de ses nombreuses confraternités de Saint-François-Xavier. Que le R. P. Boone veuille aussi la recommander aux prières des Dames de l'Adoration; et il n'oubliera pas, j'espère, de faire expédier le nouvel envoi d'ornements d'église et de vases sacrés que nous avons demandé pour subvenir aux besoins pressants de nos pauvres missions indiennes. La chère Belgique et la Hollande ont tant fait pour l'Amérique !  D'autres pays aussi se sont montrés généreux en prières et en aumônes. Vous me permettrez, mon révérend Père, de me servir de l'entremise des Précis Historiques pour remplir un devoir de reconnaissance envers les amis et les bienfaiteurs de nos missions. Nous avons encore beaucoup plus besoin de leur concours en ce moment. Outre la guerre si désolante pour les missions indiennes, elles sont très menacées par la grande émigration qui se fait en ce moment vers les Montagnes-Rocheuses. De ces émigrants, les uns sont attirés par les mines d'or, les autres cherchent à échapper à la conscription militaire. Dites, s'il vous plait, aux Dames de l'Adoration un mot en notre faveur. Les missions indiennes ont tant besoin d'objets religieux. Un grand nombre d'églises ont été bâties depuis quatre ans; elles sont toutes bien pauvres : on doit porter les vases sacrés et les ornements sacerdotaux de l'une à l'autre, et cela à plusieurs journées de distance. »

 

Après avoir lu ces extraits de différentes lettres du P. De Smet, le lecteur s'intéressera encore davantage au récit de son excursion en 1863 chez les Sauvages, parmi lesquels il se retrouve probablement au moment où nous écrivons ces lignes.

 

 

Université de Saint-Louis, 27 mars 1864.

 

                   Mon révérend et bien cher Père,

 

Je viens accomplir ma promesse, en vous donnant un petit narré sur ma dernière mission et longue excursion parmi les tribus indiennes des hautes plaines du Missouri, dans le territoire de Nebraska et dans la partie orientale du nouveau et grand territoire de l'Idaho, ou la région des fleurs. L'Idaho est situé au nord des territoires de l'Utah et du Colorado, à l'ouest du Nebraska. Il embrasse quatre degrés de latitude, du 41e au 45e dans sa moitié orientale, et du 42e au 46e dans sa moitié occidentale; et 13 degrés de longitude, à partir du 104e jusqu'au 117e degré. Des indispositions assez fréquentes et des occupations assidues m'ont fait retarder de vous écrire.

 

                                               I

 

Ma mission n'a pas été aussi heureuse, ni les fruits aussi abondants que je le désirais, à cause de la grande et malheureuse guerre soulevée par la nombreuse nation de Sioux, qui compte 30,000 à 40,000 âmes dans ses différentes bandes. Elles sont disséminées sur un vaste territoire, s'étendant du Mississipi supérieur à l'est, jusqu'aux Montagnes-noires, ou Black Hills, à l'ouest; et des Fourches de la Rivière-Plate au sud, jusqu'au Mine-Wakan ou Lac du Diable au nord, 48 degrés de latitude.

 

J'ai eu la consolation toutefois de conférer le sacrement du baptême à près de 500 personnes, pour la plupart de petits innocents, des malades en danger de mort, et des Sauvages très avancés en âge. Pendant mon séjour parmi eux, plusieurs sont morts, après avoir eu le bonheur d'obtenir les faveurs de leur régénération en Dieu. J'ajouterai ici mon petit tribut de reconnaissance aux dames de Saint-Louis et de Philadelphie, qui ont si charitablement contribué aux besoins de ma mission. Outre leurs pieuses aumônes en argent, en chapelets, médailles et images, elles m'ont procuré environ mille petites chemises et jupons, travail de leurs mains, pour les enfants nouvellement baptisés. La joie bien réelle et sincère des pauvres mères indiennes se manifesta dans leur bonheur de pouvoir habiller leurs enfants, pour les présenter avec décence à cette fête solennelle. L'insigne charité de ces dames obtiendra, sans doute, la bénédiction du ciel, car il est écrit : Quod uni ex minimis meis fecistis, mihi fecistis, dicit Dominus.

 

La malheureuse guerre qui sévit aujourd'hui si cruellement dans toute l'étendue du Grand-Désert a été, comme tant d'autres guerres indiennes, provoquée, disent ces pauvres Sauvages, « par les nombreuses injustices et les méfaits commis par les Blancs et les agents mêmes du gouvernement. Pendant des années, ils se sont crus impunément trompés dans la vente de leurs possessions territoriales, et ensuite par la soustraction, ou plutôt le vol ouvert de sommes immenses que le gouvernement leur payait en échange. »  Les Indiens, poussés à bout, et sans avoir pu obtenir justice de leurs adversaires, jettent enfin le terrible cri de guerre contre toute la race ennemie, et, pour me servir de leurs propres paroles : ils ont soif de sang; ils déterrent la hache de guerre; ils lèvent le casse-tête; ils préparent les plumes d'aigles pour orner leurs coiffures. Chez eux chaque plume dénote une chevelure enlevée. Depuis deux ans, les Sioux parcourent les frontières du Minnesota, du Missouri et l'intérieur des grandes plaines de l'ouest, à la recherche de victimes pour assouvir leur terrible et brutale vengeance. Sans égard ni à l'âge ni au sexe, ils massacrent indistinctement tous les Blancs qu'ils rencontrent. Déjà on compte au delà de 800 malheureuses victimes, tombées sous leurs coups barbares et cruels, depuis le commencement des hostilités. L'année dernière, trente-sept prisonniers ont été pendus dans le Minnesota. Sur ce nombre, trente-quatre ont demandé et reçu le baptême. Un prêtre se trouvait heureusement dans le voisinage pour le leur donner. Toutes les tribus ennemies de Sioux sont encore plongées dans l'ignorance du paganisme. Cette nouvelle guerre, d'après les rapports, coûte déjà au gouvernement au delà de 20,000,000 de dollars, environ 100,000,000 de francs. Dans ce pays, les spéculateurs, les entrepreneurs, les politiques intéressés et autres de même acabit, feront des efforts pour traîner cette malheureuse guerre en longueur; car c'est autant d'écus entrés dans leurs caisses. J'en parle pour donner une petite idée de la cause de cette guerre et de ses terribles conséquences. Aujourd'hui, au moment où je vous écris, on lève une nouvelle armée de 40,000 recrues, pour continuer l'invasion du pays indien.

 

Le 9 mai 1863, j'avais quitté Saint-Louis, accompagné de deux Frères coadjuteurs, destinés aux missions des Montagnes-Rocheuses. Notre passage sur le bateau à vapeur était favorable et heureux. Tous les jours j'avais la consolation et le bonheur de célébrer le saint sacrifice de la messe dans ma chambrette. Partout, dans les différents postes, situés le long du fleuve, où le bateau devait s'arrêter, je fus récit avec bonté et avec respect par toutes les tribus, avides d'entendre la parole du Seigneur. J'employais tous ces moments précieux, soit de la journée, soit de la nuit, à instruire et à régénérer dans les saintes eaux du baptême les nombreux petits enfants qu'on s'empressait de me présenter.

 

Parmi les tribus principales que j'ai rencontrées le long des bords du Missouri, se trouvaient différentes bandes de Sioux, d'Assiniboins, de Corbeaux, de Gros-Ventres des Prairies, des Pégans; et les trois nations unies de Mandans, d'Arricaras et de Minataries, formant un seul village d'environ 3,000 âmes. A eux peut s'appliquer le texte de Jérémie : « Parvuli petierunt panem, et non erat qui frangeret eis; les petits enfants ont demandé du pain, et il n'y avait personne pour le leur rompre. »   Depuis des années, ces pauvres et malheureux Sauvages demandent le secours des missionnaires avec les plus vives instances.

 

Pendant une navigation de 2,400 milles, nous ne rencontrâmes aucun obstacle ni de la part des ennemis qui infestaient le pays, ni des nombreux écueils, chicots et bancs de sable, dont la rivière est parsemée dans toute son étendue. Les chaleurs étaient souvent très grandes et étouffantes; maintefois la brise et le vent étaient semblables au siroco de l'Afrique. A différentes reprises, le thermomètre de Fahrenheit dépassait les 100 degrés. L'eau était si basse, que le capitaine se trouva dans la dure nécessité de mettre tout son monde, composé de 90 passagers, et toute sa cargaison, consistant en 200 tonnes, dans la forêt qui borde l'embouchure de la Rivière-au-lait, et à 300 milles de sa destination, le fort Benton. Nous étions alors au 29 juin. Chaque passager choisit son gîte dans la forêt et s'y arrangea de son mieux. Le général Harney m'avait présenté sa grande tente de camp avant mon départ de Saint-Louis; j'avais ma petite chapelle, ma petite cuisine, les literies et les provisions nécessaires; et, en moins d'une heure, avec l'aide des deux Frères, nous nous trouvions installés assez convenablement à l'ombre de quelques gros cotonniers, ou populus canadensis, de la classe des peupliers.

 

                                               II

 

J'ai parlé à différentes reprises, dans mes lettres antérieures, des propriétés distinctives de la rivière Missouri, des obstacles qu'on y rencontre dans son long cours, des bancs de sable dont son lit est parsemé, et, pour la saison des grandes eaux, des nombreux éboulements des rivages et des hauts coteaux. Souvent on les voit glisser ou descendre avec fracas comme des avalanches, entraînant plusieurs arpents à la fois, avec les forêts épaisses qui les couvrent. Ces éboulements se transforment ensuite en monceaux de bois et de chicots dans le courant impétueux du fleuve, formant un nouveau chenal et changeant ainsi, année par année, son lit spacieux dans la vallée, de 6 à 10 milles de largeur, qu'il traverse en serpentant.

 

Il me reste encore à ajouter quelques remarques particulières sur la zoologie et la botanique de la contrée que le Missouri traverse. Elles ne seront peut-être pas hors de propos; car, d'après nos amateurs scientifiques, ce pays possède, jusque dans ses anciens faunus et flora, des formes et des types qu'on ne rencontre pas ailleurs.

 

Depuis l'embouchure du Missouri jusqu'au confluent de la Plate ou Nebraska, intervalle de 760 milles, les forêts, sur ses deux bords, sont continues, vastes et belles. Le haut plateau présente ordinairement une haute crue d'arbres forestiers de différentes espèces. Dans le voisinage du Council-Bluffs (793 milles), cette crue diminue en hauteur, en quantité et en valeur. Les plateaux élevés fournissent seulement des lisières de bois d'une moindre croissance, le long des courants d'eau. Les bas-fonds du Missouri sont couverts d'une riche végétation de plantes et de gazon, souvent à une hauteur de 8 à 10 pieds, où le cavalier peut être à peine aperçu. Ils sont d'une fertilité extraordinaire. Son sol végétal a plusieurs pieds de profondeur; il est formé par la décomposition annuelle de sa haute végétation.

 

Les arbres forestiers du Council-Bluffs jusqu'aux côtes à Dorion, 1,093 milles, consistent principalement en cotonniers, en noyers noirs et blancs. On y trouve le frêne, l'orme rouge, l'érable, différentes espèces de chênes, le cafier sauvage, le celtis occidentalis, le tilia americana du genre des tilleuls, et le mûrier. Les arbres et les broussailles d'une moindre futaie sont : le cerisier, le frêne épineux, le vinaigrier, etc. Le cotonnier prédomine dans les bas-fonds et couvre toutes les îles de la rivière. Le sycomore, platanus occidentalis, se fait remarquer dans les forêts le long de la rivière, jusque dans le voisinage du Council-Bluffs, où l'on aperçoit le dernier. Aux côtes, à Dorion, on commence à trouver le Buisson-aux-graines-à-bœufs, qui, de là jusqu'aux sources de la rivière, sont partout très abondantes. Dans le même voisinage le sol végétal semble s'amoindrir, et plusieurs espèces d'arbres forestiers disparaissent, entre autres les noyers, l'érable, l'orme mou. D'autres leur succèdent, et jusqu'aux montagnes on trouve l'orme américain, le frêne, le buis, buxus, quelques rares chênes, le cotonnier, qui se trouve partout dans les bas-fonds; on y remarque et là les cèdres rouges, et, dans le voisinage des montagnes, les plus hautes collines sont couvertes de pins. Tout le long des courants d'eau, on voit des lisières de petits arbres et de broussailles, le cornus cerisea, le saule rouge, plusieurs espèces de salix, quelques rares mûriers et frênes épineux.

 

Il y a, dans cette région élevée, une saison de pluie et une saison de sécheresse : la saison pluvieuse commence ordinairement vers le milieu de mars endure jusque la mi-mai; la saison sèche s'étend de la mi-juillet jusqu'en automne, et souvent jusque dans la première partie de l'hiver. Les trois quarts des plantes fleurissent dans le mois de mai et jusque vers la fin de juillet. Aux mois d'août et de septembre, par la grande sécheresse, le sol se crevasse et toute végétation périt; l'aspect du pays porte alors l'empreinte d'une vaste désolation.

 

La portion principale de la Flore dans le Haut-Missouri appartient aux familles des crucifères, légumineuses, composées, chénopodiacées et graminées. Dans la région des pierres à chaux du Missouri, on trouve en abondance l'érable à sucre, acer saccharinum; un grand nombre de différentes espèces de chênes et de noyers, jusqu'au 42 ½ degré de latitude. A l'embouchure de la grande Siouse (956 milles), on trouve en abondance le fraxinus americana, le fraxinus quadrangulata, le tilia americana, le gymnocladus canadensis, qui atteint une hauteur de soixante pieds. L'ulmus fulva y est commun et se mêle avec le juglans nigra, le juglans cinerea, le celtis occidentalis, le gleditschia triacanthos, l’acer rubrum et deux ou trois espèces de chênes.

 

Parmi les petits arbres ou buissons de la forêt, qui sont très variés, je nommerai la graine-à-bœuf, ou sheperdia argentea, le zanthoxylum americanum, le staphylia trifoliata, l'evonymus atropurpureus, le symphoricarpus vulgaris, qui, dans certains endroits, couvre un sol de plusieurs milles; le cornus sericea et stolifera, le vitis ribes et rosa, le rhus et le salix. L'ulmus americana se trouve dans tous les endroits près des rivières. On y trouve aussi une espèce de fraxinus, le negundo aceroides, le quercus macrocarpa et deux autres espèces; deux espèces du juniperus y sont communes. Le pinus brachyptera abonde; le sarcobetus vermicularis s'y trouve également; il appartient à la famille des chenopodiaceœ.

 

Les racines, propres à manger, et dont les Indiens et les voyageurs font grand usage, sont la pomme blanche ou psoralea esculenta, la noix de terre ou apios tuberosa, qui est très agréable et nourrissante; l'helianthus, qui ressemble à l'artichaut.

 

Les fruits naturels au pays sont le cerasus virginiana, l'amelanchia canadensis des États-Unis, ou pyrus domestica de l'Angleterre; le sheperdia argentea, le prunier et le bouton de rose.

 

J'aurais encore à ajouter une longue liste de fleurs et de fruits propres au pays; mais je me propose de vous l'envoyer dans une autre lettre, si mes occupations me le permettent.

 

Les seules tribus qui ont recours à l'agriculture, dans cette région élevée et éloignée, à 1,916 milles au-dessus de Saint-Louis, sont les Arikaries, les Minataries et les Mandans, qui récoltent, année par année, environ 7,500 minots de maïs, et des fèves, des citrouilles et des patates en proportion.

 

Les principaux animaux du pays sont : le buffle, l'orignal, le cerf, le chevreuil ordinaire ou cervus virginianus, et le chevreuil à queue noire ou cervus macrotis; la grosse corne, ovis montana; le cabri, antholops; l'ours gris, l'ours noir et l'ours brun; le carcajou, le loup, le renard, le castor, le rat musqué, le rat de bois, le chien des prairies, plusieurs espèces d'écureuils.

 

Parmi les volailles : les dindes, les poules de prairie, les perdrix, les oies, les outardes, les cygnes, les canards, etc.

 

                                               (Pour être continué.)