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1858 - lettre 43 - Trois traits édifiants du P. De Theux.

TROIS TRAITS ÉDIFIANTS DU P. DE THEUX,

 

QUARANTE-TROISIÈME LETTRE DU R. P. DE SMET

 

au directeur des Précis Historiques, à Bruxelles.

 

Université de Saint-Louis, 13 septembre 1857.

 

                   Mon révérend Père,

 

J'ai vu avec plaisir que vous avez publié la notice sur le P. Van Quickenborne et annoncé celle du P. de Theux. Si cette lettre vous arrive à temps, vous y trouverez encore quelques détails que je n'avais pas donnés ².

 

² La notice avait déjà paru dans les Précis Historiques. Nous nous faisons néanmoins un plaisir de publier ces traits intéressants.       (Note de la rédaction.)

 

 

Voici deux traits qui montrent bien le caractère du P. de Theux. Lorsqu'il demeurait au collége du Grand-Coteau, dans la Louisiane, allant un jour visiter un malade, il passa par un endroit appelé La Fayette. Un jeune Français qui s'amusait dans une auberge à faire du tapage, à boire et à rire, avec plusieurs compagnons de son bord, vit, passer le Père, et l'ayant montré du doigt, il prit sa canne et s'écria qu'il allait leur montrer comment il faut traiter cette canaille de prêtres!

 

« Je vais faire trembler ce Jésuite-là sous mes coups, » dit-il, et il sortit aussitôt pour mettre son dessein à exécution. Le fanfaron accosta le Père avec des jurons et un langage insultant, et lui demanda avec effronterie à quel endroit du corps il désirait d'être bâtonné. L'homme de Dieu répondit à l'injuste agresseur, d'une voix remplie de calme : « mon ami, si le Seigneur veut que je sois ainsi traité, je tâcherai de le supporter avec patience. Sachez toutefois que je suis citoyen américain. Je désire savoir quelle raison vous porte à de pareilles insultes, et de quel droit vous venez me frapper. »  Ces paroles intimidèrent notre jeune étourdi. Sans avouer sa peur, il répondit, et, cette fois, sans jurer : « Vous êtes armé; sans cela vous ne montreriez pas autant de hardiesse. »  Il faisait allusion à l'étui que le Père portait sous le bras, et dans lequel il conservait les saintes huiles, son étole et son surplis.  «  Oui, -- répondit le religieux en montrant le crucifix, -- je suis armé, et voici mes armes. Je n'en ai pas besoin d'autres. »  Notre brave s'en retourna moins fougueux, et alla rejoindre ses compagnons à la porte de la taverne. Ils le reçurent avec de bruyants éclats de rire, qu’il avait su si bien mériter.

 

Un autre jour, le P. de Theux faisait dans l'église du Grand-Coteau les funérailles d'une malheureuse qui était morte sans sacrements et après une vie misérable. Il en prit occasion pour adresser aux assistants quelques paroles sévères sur les malheurs d'une telle vie, suivie d’une si triste mort. Tout à coup un homme, connu comme ennemi des prêtres et surtout des Jésuites, se lève et interpelle le Père d'une manière brusque et insolente. « Je ne permettrai pas, -- s'écrie-t-il, -- que la mémoire de mon amie soit insultée en publie. »  Le P. de Theux, avec son calme ordinaire, se tourne aussitôt vers l'interlocuteur et lui dit : « Je me trouve chez moi. C'est ma propre église. J'ai le droit d'y parler et de dire ce qui me plaît. Mais celui qui m'interrompt n'a aucun droit de parler ici. S'il n'aime pas le sermon, qu'il sorte de l'église. »  L'insolent sortit aussitôt, à la grande satisfaction des bons catholiques qui étaient présents, et le P. de Theux acheva tranquillement son discours.

 

En 1844, Sa Grandeur l'évêque de Cincinnati se trouvait fréquemment menacé, ainsi que les catholiques de son diocèse, par des bandes tumultueuses, composées d'ennemis de notre sainte religion. Il demanda conseil au P. de Theux. Après quelques moments de réflexion, le Père répondit à Sa Grandeur, qu'il obtiendrait ce dont il avait tant besoin dans ces temps difficiles, la paix et la sécurité pour son troupeau, s'il recourait avec ardeur au Souverain Pontife, et encourageait les autres évêques des États-Unis à suivre son exemple, afin d'obtenir la faveur de pouvoir ajouter, dans la Préface de la messe au mot conception celui d'immaculée. Le digne évêque reçut l'avis avec respect et la demande fut, bientôt après, faite à Rome et couronnée de succès.

 

                                                                                              P. J. DE SMET, S. J.