TROIS
TRAITS ÉDIFIANTS DU P. DE THEUX,
QUARANTE-TROISIÈME
LETTRE DU R. P. DE SMET
au
directeur des Précis Historiques, à Bruxelles.
Université
de Saint-Louis, 13 septembre 1857.
Mon révérend Père,
J'ai vu avec
plaisir que vous avez publié la notice sur le P. Van Quickenborne et annoncé
celle du P. de Theux. Si cette lettre vous arrive à temps, vous y trouverez
encore quelques détails que je n'avais pas donnés ².
² La notice avait déjà paru dans
les Précis Historiques. Nous nous faisons néanmoins un plaisir de
publier ces traits intéressants. (Note
de la rédaction.)
Voici deux traits
qui montrent bien le caractère du P. de Theux. Lorsqu'il demeurait au collége
du Grand-Coteau, dans la Louisiane, allant un jour visiter un malade, il passa
par un endroit appelé La Fayette. Un jeune Français qui s'amusait dans
une auberge à faire du tapage, à boire et à rire, avec plusieurs compagnons de
son bord, vit, passer le Père, et l'ayant montré du doigt, il prit sa canne et
s'écria qu'il allait leur montrer comment il faut traiter cette canaille de
prêtres!
« Je vais
faire trembler ce Jésuite-là sous mes coups, » dit-il, et il sortit aussitôt
pour mettre son dessein à exécution. Le fanfaron accosta le Père avec des
jurons et un langage insultant, et lui demanda avec effronterie à quel endroit
du corps il désirait d'être bâtonné. L'homme de Dieu répondit à l'injuste
agresseur, d'une voix remplie de calme : « mon ami, si le Seigneur
veut que je sois ainsi traité, je tâcherai de le supporter avec patience.
Sachez toutefois que je suis citoyen américain. Je désire savoir quelle raison
vous porte à de pareilles insultes, et de quel droit vous venez me frapper. » Ces paroles intimidèrent notre jeune étourdi.
Sans avouer sa peur, il répondit, et, cette fois, sans jurer : « Vous êtes
armé; sans cela vous ne montreriez pas autant de hardiesse. » Il faisait allusion à l'étui que le Père
portait sous le bras, et dans lequel il conservait les saintes huiles, son
étole et son surplis. « Oui, --
répondit le religieux en montrant le crucifix, -- je suis armé, et voici mes
armes. Je n'en ai pas besoin d'autres. »
Notre brave s'en retourna moins fougueux, et alla rejoindre ses
compagnons à la porte de la taverne. Ils le reçurent avec de bruyants éclats de
rire, qu’il avait su si bien mériter.
Un autre jour, le
P. de Theux faisait dans l'église du Grand-Coteau les funérailles d'une
malheureuse qui était morte sans sacrements et après une vie misérable. Il en
prit occasion pour adresser aux assistants quelques paroles sévères sur les
malheurs d'une telle vie, suivie d’une si triste mort. Tout à coup un homme,
connu comme ennemi des prêtres et surtout des Jésuites, se lève et interpelle
le Père d'une manière brusque et insolente. « Je ne permettrai pas, --
s'écrie-t-il, -- que la mémoire de mon amie soit insultée en
publie. » Le P. de Theux, avec son
calme ordinaire, se tourne aussitôt vers l'interlocuteur et lui dit :
« Je me trouve chez moi. C'est ma propre église. J'ai le droit d'y parler
et de dire ce qui me plaît. Mais celui qui m'interrompt n'a aucun droit de
parler ici. S'il n'aime pas le sermon, qu'il sorte de l'église. » L'insolent sortit aussitôt, à la grande
satisfaction des bons catholiques qui étaient présents, et le P. de Theux
acheva tranquillement son discours.
En 1844, Sa
Grandeur l'évêque de Cincinnati se trouvait fréquemment menacé, ainsi que les
catholiques de son diocèse, par des bandes tumultueuses, composées d'ennemis de
notre sainte religion. Il demanda conseil au P. de Theux. Après quelques
moments de réflexion, le Père répondit à Sa Grandeur, qu'il obtiendrait ce dont
il avait tant besoin dans ces temps difficiles, la paix et la sécurité pour son
troupeau, s'il recourait avec ardeur au Souverain Pontife, et encourageait les
autres évêques des États-Unis à suivre son exemple, afin d'obtenir la faveur de
pouvoir ajouter, dans la Préface de la messe au mot conception celui d'immaculée.
Le digne évêque reçut l'avis avec respect et la demande fut, bientôt après,
faite à Rome et couronnée de succès.
P.
J. DE SMET, S. J.