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1853 - lettre 2 - Voyage au Grand-Désert en 1851.

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DEUXIÈME LETTRE.

 

 

M….

 

L’embouchure de la rivière Platte ou Nebraska est le point de division entre le haut et le bas Missouri. Elle fut pour les premiers navigateurs du fleuve Missouri une espèce de ligne équinoxiale où, comme en mer, le tribut neptunien était exigé de tous les « mangeurs de lard, » sobriquet donné aux individus qui se rendent au désert pour la première fois; personne n’échappait au tribut.

 

Le pays plat, ou la vallée du bas Missouri, est couvert d’épaisses forêts s’étendant depuis la rive du fleuve jusqu’aux hauts coteaux qui le bordent sur chaque côté à une distance de quatre à six milles. Les forêts font successivement place à des villes florissantes, à de beaux villages et à des milliers de belles fermes. Ce sol alluvial n’a probablement pas son pareil sur le globe pour la richesse de certains produits. Le bois est fort recherché ; à mesure que le pays se peuple et que le commerce devient plus important, les moulins à vapeur s’y multiplient et préparent tout le bois de construction et la charpente; en outre, les bateaux à vapeur consument une grande quantité de ce bois.

 

Entre le Nébraska et la rivière Wasécha ou Vermillon, sur une étendue de pays d’environ quatre cents milles, les forêts sont vastes et belles, souvent entrecoupées d’immenses prairies riches en gazon et en verdure. Ce contraste est très-agréable au voyageur ; chaque fois qu’il

pénètre dans le désert, il ne peut s'empêcher d'admirer cette succession de forêts et de plaines, cette suite de coteaux et de collines qui les bornent de toutes parts, dont l'aspect est si varié, et qui sont couverts çà et là d'arbres et de broussailles de différentes espèces; quelquefois on voit des rochers escarpés qui s'élèvent à une hauteur de cent à deux cents pieds, et puis de belles plaines montant à pente douce, avec des bocages épars, si agréables à la vue qu'on les supposerait l'œuvre de l'art mêlée à celle de la nature. On s'étonne de n'y pas voir la ferme avec ses granges et ses clôtures. Assurément un nouveau venu de l'Europe se croirait sur le domaine de quelque grand seigneur, et s'étonnerait de ne pas voir la maison de campagne et ses dépendances.

 

La nature semble avoir prodigué ses dons à cette région, et; sans être prophète, on peut prédire qu'un avenir bien différent de son état actuel se prépare pour ce désert. Le texte du Psalmiste lui sera bientôt appliqué : « La terre a été créée pour être l'habitation de l'homme et pour être le théâtre où la gloire du Seigneur et ses perfections seront manifestées.» Ces plaines, naturellement si riches et si belles en verdure, semblent inviter le laboureur à y tracer des sillons et promettent une ample récompense à ses moindres travaux. Les forêts antiques attendent le bûcheron, et les rochers, le tailleur de pierre; les sons de la hache et du marteau vont retentir dans ces solitudes; des fermes étendues, environnées de vergers et de vignobles, fourmillant d'animaux domestiques et de volaille, sont destinées à couvrir ces plages désertes et à pourvoir aux besoins des villes qui les suivront de près et qui s'élèveront comme par enchantement; avec leurs dômes, leurs tours, leurs églises, leurs maisons, leurs colléges, leurs écoles, leurs hôpitaux et leurs asiles.

 

Je parle ici principalement de la région qui s'étend de l'embouchure de la rivière Kanzas à celle du Niobrarah ou l'Eau qui coule, et se prolonge au delà des Côtes-Noires en continuant la ligne sur la crête de ces côtes jusqu'aux Monts-Rocheux; de là elle suit vers le sud, les lignes déjà tracées des territoires d'Entah, du Nouveau-Mexique et du Texas. Toute cette région renferme plusieurs grandes rivières avec de nombreux tributaires, dont les principales sont la Platte, les deux rivières déjà nommées, les têtes ou sources de l'Arkansas, de l'Osage et de la Rivière-Rouge; elles présentent les plus grands avantages pour la civilisation...

 

Le président de la république ne voudra-t-il pas, à l'exemple de ses illustres devanciers, arracher, lui aussi, quelques plumes de l'aigle indien, autrefois l'emblême de leur grandeur et de leur puissance, pour les placer dans la couronne qui doit orner les trophées de son administration?  Dans les limites que je trace, il trouvera une étendue de pays assez vaste pour être représentée par trois ou quatre étoiles de plus de la première grandeur, qui augmenteront le lustre de la galaxie du drapeau de l'Union. Ce grand territoire pourra contenir une population immense et destinée à former plusieurs grands États, qui seront un jour des plus prospères.

 

Mais alors, que deviendront les Indiens, qui déjà ont émigré d'ailleurs, et habitent aujourd'hui ce territoire ?  Que deviendront les aborigènes, eux qui l'ont possédé de temps immémorial ? C'est une question vraiment épineuse et qui éveille des idées bien sombres à l'esprit d'un observateur qui a suivi la politique envahissante des États par rapport aux Indiens... J'ai remarqué avec plaisir qu'il y a un rayon d'espoir pour l'avenir de ces pauvres et malheureuses tribus. Ils envoient volontiers leurs enfants aux écoles; ils font de grands progrès dans l’agriculture et même dans plusieurs arts mécaniques de première nécessité; ils élèvent avec soin des animaux domestiques et des volailles... On peut donc espérer que les tristes restes de ces nombreuses nations qui couvraient jadis l'Amérique, réduits aujourd'hui à gagner leur vie à la sueur de leur front (car la chasse ne peut plus les nourrir), trouveront un asile, une demeure permanente, et seront incorporés avec tous les droits de citoyens de l'Union. C'est l'unique source de bonheur qui leur reste; l'humanité et la justice semblent exiger qu'ils l'obtiennent. S'ils étaient repoussés de nouveau et relégués plus avant dans les terres, ils périraient infailliblement!! Les sauvages qui refuseraient de se soumettre ou d'accepter l'arrangement définitif et le seul qui leur soit favorable, reprendraient la vie nomade des plaines et termineraient leur triste existence à mesure que les buffles et les autres animaux qui les nourrissent disparaîtraient.

 

Dans les environs du Mankizitah ou rivière Terre-Blanche, les coteaux sont noirâtres et doivent évidemment cette apparence à des feux souterrains; le sol y est très-léger et stérile sur une étendue d'environ cent milles; les hautes côtes y ont peu de verdure, et le pays plat, ou vallée du fleuve, y est très-étroit. Quelques coteaux s'y élèvent à la hauteur de montagnes.

 

Les îles du Missouri sont en général bien boisées et présentent partout des vues très-agréa-

bles; on se procure dans quelques-unes une quantité de cèdres rouges, le bois le plus durable de ces parages et qui résiste le mieux au temps quand il est plongé dans l'eau ou enseveli sous terre. Si l'on excepte l'étendue de terrain entre le Niobrarah et le Mankizitah, où les prairies basses sont rares et où la terre haute est presque entièrement dépourvue de bois, on y trouve plusieurs beaux sites, qui semblent inviter le pionnier et lui dire : « Le temps n'est pas éloigné; ici aussi vous élèverez votre cabane et vous cultiverez votre champ.» Le charbon y est partout très-abondant et suppléera au manque de forêts.

 

Depuis le Mankizitah jusqu'au grand détour du Missouri, et depuis ce détour jusqu'au fort Mandan et même jusqu'au-dessus de l'embouchure de la Roche-Jaune, sur les deux bords de la rivière, l'aspect du pays est très-beau; le sol y est très-fertile et donne des récoltes des plus abondantes. Çà et là, sur les bords des grandes rivières, les forêts sont assez belles, tandis que dans les plaines supérieures et à mesure qu'on s'éloigne des rivières, le pays est dépourvu d'arbres et même d'arbrisseaux.

 

Dans mes visites aux tribus indiennes, j'ai traversé plusieurs fois les immenses plaines de l'Ouest. J'en ai parcouru différents endroits depuis les États jusqu'à la mer Pacifique, et depuis le territoire de la baie d'Hudson, le long des rivières Sascatshawin et Atbasca, jusqu'au grand lac Salé, où se trouve aujourd'hui la capitale des Mormons. Chaque fois que, j'ai voyagé dans ces plaines; je me suis trouvé comme au milieu d'un vide pénible; les milliers de pauvres de l'Europe qui demandent du pain et errent sans abri et sans avenir, se présentaient souvent à ma pensée. Souvent je m'écriais et leur adressais la parole : « O pauvres malheureux, que n'êtes-vous ici! Votre travail et votre industrie mettraient fin à vos misères. Vous élèveriez ici une demeure agréable; vous recueilleriez avec abondance les fruits de vos travaux.» Oui, ce vide existe; et quand je dis qu'il doit se remplir par des populations industrieuses et persévérantes dans leurs entreprises, je m'exprime d'une manière conforme à l'expérience de tous les voyageurs.

 

Il me serait impossible de décrire le sombre silence qui règne dans ce vaste désert. On peut y passer des semaines entières dans de longues courses sans rencontrer une seule personne. Et cependant on se familiarise avec la solitude; on s'y plaît même. La solitude semble donner l'essor aux facultés intellectuelles de l'homme; l'intelligence y paraît devenir plus vigoureuse, les pensées plus claires. Il m'a toujours paru que lorsqu'on voyage et qu'on parcourt les plaines, on se sent plus porté à la prière, à la méditation, à la confiance en Dieu, et à se remettre entre les mains de Celui, qui seul est notre refuge au milieu des périls et qui peut seul pourvoir, à tous les besoins. Sans doute l'éloignement où l'on se trouve de tout fracas et de toute autre affaire, les dangers continuels auxquels on est exposé de la part des animaux féroces et d'en- nemis qu'on peut rencontrer à chaque pas, y contribuent beaucoup.

 

On m'a fait plusieurs fois l'observation que le chant des oiseaux est plus doux et plus agréable à l'oreille dans le désert que dans les forêts des États. On semble capricieusement attribuer ce phénomène aux effets de la société. Par faute de bois, les oiseaux se trouvent forcés de se percher sur le même arbre ou de chercher le même bocage, et s'instruisent ainsi les uns les autres. On suppose communément que les oiseaux en Europe chantent mieux que les oiseaux en Amérique; pourrait-on l'attribuer à quelque autre cause qu'à celle que je viens d'indiquer?

 

Si vous voulez avoir une idée de la topographie, de la grandeur et de l'étendue de nos vastes plaines de l'Ouest, imaginez-vous la France, l'Allemagne, la Belgique changées en une seule prairie le long des cours d'eau et coupée ça et là par un bois de peu d'étendue ou par une très-petite forêt.

 

Vous me permettrez ces petits écarts ou observations qui se rapportent aux localités que j'ai parcourues. Elles montreront, du reste, à nos incrédules d'Europe que la science et la civilisation peuvent tirer profit des voyages entrepris pour le bien des âmes et la gloire de l’Église. Et puis aussi, tous ces objets si variés et si beaux font bénir sans cesse le Ciel et dire avec le Psalmiste : «  La terre est au Seigneur avec toute sa plénitude ! »

 

Nous nous trouvions enfin au bas du grand détour où le bateau avait mis à terre vis-à-vis d'un campjantannais, tribu puissante de la notion des Sioux. Dès que ces sauvages nous aperçurent, ils éclatèrent en cris de joie et honorèrent notre arrivée de plusieurs décharges de fusil. Leurs femmes avaient préparé une grande quantité de bois sec; on l'accepta avec plaisir et elles reçurent en retour un présent de tabac, de poudre, de plomb, de farine, de café, de sucre. C'est ce qu'elles apprécient le plus.

 

Les Indiens nous donnèrent la triste nouvelle des ravages que la petite vérole causait en ce moment au poste Bouis et aux environs, près de la petite rivière de la Médecine, qui se jette dans le Missouri à l'anse supérieure du grand détour. Ce détour a une circonférence de trente-six milles, tandis que la distance par terre n`est que de quatre milles. A ma demande, le capitaine me mit à terre, et deux heures après, je me trouvai an milieu des malades. J'y baptisai tous les petits enfants qui n'avaient pas encore eu le bonheur de recevoir ce sacrement. Je passai la nuit avec eux, leur donnant toute la consolation qu'il était en mon pouvoir de leur donner. Quelques-uns croyaient « que la maladie ressemblait au terrible fléau qui ravagea Londres en ….. »  Ceux, qui avaient échappé retinrent bien longtemps des tâches noirâtres. Même pendant cette maladie contagieuse, ces sauvages conservaient leur ancien mode de donner une dernière demeure aux défunts, en plaçant les cadavres de leurs parents, enveloppés seulement dans une couverture ou dans une peau de buffle, sur des échafauds élevés dans la plaine à une hauteur de huit ou dix pieds. Ils les laissaient ainsi exposés aux chaleurs brûlantes d'un soleil de juillet, le plus ardent de l'année. Les exhalaisons pestilentielles de ces cadavres infectaient toute l'atmosphère à plusieurs milles de distance.

 

On me montra dans le camp un petit orphelin qui avait été attaqué par la maladie, et qui, réduit à l'extrémité, fut jeté hors de la loge, au milieu de la nuit et pendant une pluie affreuse, par son père adoptif, homme cruel et impitoyable. Il était encore en vie lorsque de grand matin un Canadien l'aperçut, et, imitant le bon Samaritain, l'emporta dans sa hutte et lui prodigua les soins les plus assidus. J'ai eu le plaisir de le voir convalescent et de le baptiser.

 

Quelques jours plus tard, je me trouvais au fort Pierre, situé sur le rivage, au sud du Missouri, à quinze cents milles au-dessus de Saint-Louis, et près de l'embouchure de la Schicah ou Mauvaise-Rivière. L'influenza, maladie épidémique, avait existé depuis quelque temps dans le fort, et une panique s'était emparée d'un grand nombre, à la nouvelle que la petite vérole était dans le voisinage et que le choléra avait été à bord. En effet; immédiatement après le départ du bateau, cette dernière maladie éclata avec fureur et enleva beaucoup de monde. Les sauvages frappés de terreur à l'approche des dangers du fléau implacable, se réjouirent de ma présence; les enfants des blancs et des sauvages qui campaient autour du fort me furent présentés au nombre de cent quatre-vingt-deux, pour être régénérés dans les saintes eaux du baptême.

 

La même inquiétude régnait au poste des Arikaras. Quelques coureurs y avaient annoncé l'approche du bateau et porté l'alarme en disant que des maladies contagieuses existaient à bord. Mais lorsque les habitants apprirent que tout le monde se portait bien, leur crainte disparut et ils accueillirent le bateau avec toutes les démonstrations usitées en pareilles circonstances. Des cris de réjouissance partaient de deux mille bouches à la fois; les décharges de fusils et de canons faisaient solennellement retentir les plaines.

 

La vue de cette scène est belle et imposante : le fort est situé sur la haute côte, à près de cent pieds au-dessus du niveau du fleuve. Une longue rangée de sauvages dans leurs plus beaux accoutrements, le visage barbouillé de différentes couleurs, couvrait le rivage...

 

Monté à cheval, j'avais devancé le bateau afin d'avoir le temps d'instruire les métis et les créoles et de baptiser tous leurs enfants. Je passai deux jours parmi eux. Un grand nombre de sauvages ayant appris mon arrivée au fort, se présentèrent pour me serrer la main par respect, et pour me souhaiter la bienvenue au milieu d'eux. Ils me prièrent en même temps avec ardeur d'accorder à tous leurs petits enfants la même faveur du baptême que j'avais accordée aux enfants métis. Je me rendis avec empressement à leurs désirs, vu les grands dangers où ces pauvres malheureux se trouvaient. Le nombre des baptêmes montait à près de deux cents. J'ai appris plus tard que le choléra a ravagé ce grand village des Arickaras et qu'un grand nombre d'enfants ont succombé, victimes de ce terrible fléau. Quelle consolation! ils sont au ciel.

 

C’est alors que nous fîmes nos adieux aux messieurs du fort pour nous avancer dans le désert.

 

Bientôt nous passâmes le village des Mandans, composé de quelques grandes huttes couvertes en terre. Cette nation autrefois nombreuse est aujourd'hui réduite à un petit nombre de familles, qui seules ont échappé à la petite vérole en 1838. Ce village est situé à dix-huit cents milles au-dessus de l'embouchure du Missouri et à deux cents milles en bas de la Roche-Jaune. Quelques jours après, nous nous arrêtâmes au fort Berthold, pour y décharger des marchandises au lieu où se trouve le grand village des Minataries ou Gens des Saules, surnommés les Gros Ventres du Missouri. Leurs cabanes sont de la même construction que celles des Arickaras et des Mandans. Quatre grandes fourches, ou plutôt quatre arbres fourchus plantés en terre à vingt pieds à peu près de distance, forment un carré. Ces pieux sont surmontés de soliveaux, qui soutiennent d'autres pièces de charpente obliquement placées et laissant une grande ouverture au centre, pour recevoir l'air et laisser échapper la fumée; ces pièces sont entrelacées de saules; le tout est couvert de foin et de terre, sans toutefois être gazonné. Une ouverture faite d'un seul côté est destinée à recevoir la porte, qui consiste en une peau de buffle suspendue. Au-devant de la porte est une espèce d'allée de dix à quinze pieds de long, entourée de piquets et facile à défendre en cas d'attaque. Au milieu de la loge, sous l'ouverture supérieure qui reçoit le jour, un trou pratiqué dans la terre, à la profondeur d'environ un pied, tient lieu de foyer. Autour de la loge, des lits sont élevés d'un, de deux ou de trois pieds au-dessus du sol; les rideaux sont des peaux de biches. Tout le village est entouré d'une haute et forte palissade de gros arbres équarris.

 

La nation des Minataries cultive le maïs, les citrouilles, les fèves et les patates.

 

Les autres villages permanents sur le Missouri sont ceux des Osages, des Oniahas, des Poncas, des Pawnies, des Arickaras et des Mandans.

 

Les Minitaries sont de la même souche que les Corbeaux et parlent à peu près la même langue. Ils disent que la cause de la séparation provient d'une dispute entre deux chefs qui ne purent s'accorder sur le partage d'un buffle, que l'un et l'autre prétendaient avoir tué à la chasse.

 

Le grand chef de ce dernier village, appelé Quatre-Ours, est l'Indien le plus poli et le plus affable que j'aie rencontré sur le Missouri. Il me pria de baptiser ses deux petits garçons et plusieurs autres membres de sa famille; tous les enfants de cette tribu avaient été baptisés par le révérend M. Belcour, missionnaire infatigable et zélé du vicariat apostolique de la Rivière-Rouge, qui est sous la juridiction de monseigneur Provenchère. M. Belcour a visité ces parages plusieurs fois et a obtenu beaucoup de succès parmi ces sauvages, en les disposant en faveur de notre sainte religion. J'y appris la bonne nouvelle que selon toute probabilité une mission y serait bientôt établie avec un ou deux prêtres résidents, sous les ordres de monseigneur Provenchère.

 

Ce lieu est admirablement bien choisi, et les bienfaits de la religion se répandront facilement de là parmi les nations voisines, telles que les Mandans, les Arickaras et les Assiniboins. Ces tribus ont montré beaucoup d'empressement à entendre la parole de Dieu et à se faire instruire dans notre sainte religion, chaque fois qu'un missionnaire catholique les a visités. En Europe, les prédicateurs et les catéchistes doivent user de mille moyens pour attirer des auditeurs; ici ce sont les fidèles qui appellent les prêtres pour s'instruire. Ils sont avides de cette nourriture de l'âme, de cette parole de Dieu que tant d'autres méprisent! Quel compte n'auront pas à rendre un jour à leur bienfaiteur céleste, ces hommes de tout âge, ces jeunes gens surtout pour qui l'enseignement religieux abonde dans les églises, les colléges, les écoles de l'Europe!

 

Le 14 du mois de juillet, le bateau à vapeur le Saint-Ange arriva au fort Union, terme de son voyage. Ce poste est situé par le 48e degré de latitude nord. J'avais alors à faire tous mes préparatifs et à prendre toutes mes précautions, pour mon long voyagé par terre. En attendant, j'instruisis et je baptisai vingt-neuf petits enfants métis qui se trouvaient aux forts Union et William, séparés de trois milles seulement; tous les jours j'offrais le saint sacrifice de la messe et je donnais une instruction aux gens du fort.

 

Agréez, etc.,

 

P. J. DE SMET, S. J.