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1847-1850 - Économe à Saint-Louis

1847


Maintenant que Vandevelde l'a nommé comptable-économe à Saint-Louis, c'est un chapitre nouveau mais moins aventureux qui commence pour De Smet. Il est profondément blessé par l'intervention inattendue de Roothaan. Une chose est sûre : il ne laissera pas sous le boisseau les Indiens et les missions des Montagnes Rocheuses. Il prend sur lui avec un zèle redoublé la récolte d'argent pour approvisionner ses missions. Pour commencer De Smet publie un deuxième livre concernant son travail missionnaire dans les Rocheuses: Oregon Missions & Travels over the Rocky Mountains in 1845-46.

Comme fondé de pouvoir le Père Charles Elet est appelé à Rome pour y rendre compte de deux ans d'activité. À Saint-Louis les Jésuites ont encore toujours besoin de forces neuves. On charge Pierre-Jean de trouver celles-ci en Europe et c'est ainsi qu'il voyage avec Elet vers le vieux continent.

Ils arrivent en Belgique au printemps. Après une brève visite à la famille De Smet conduit le Père Elet à Paris. Il fait une courte retraite et voyage à Rome ensuite. Il y a un entretien avec Roothaan.

En Europe il y a de la révolution dans l'air et il est difficile de convaincre des gens de devenir missionnaires, cependant Charles Elet parvient à persuader son frère Jean-Antoine de le suivre aux États-Unis.

Entre-temps la conversion des Indiens Têtes-Plates apparaît de nouveau comme superficielle. Après la saison de chasse, ils tournent le dos en masse à leur nouvelle religion. Ils sont désabusés par le fait que le Père Point a aussi fait cadeau de l'arme secrète aux Indiens Pieds-Noirs! Même leur chef Victor n'obtient plus des Indiens Têtes-Plates dissidents qu'ils écoutent les missionnaires. Le Père Point dans l'intervalle est parti pour le Canada et a dû ainsi abandonner ses 1100 Indiens Pieds-Noirs convertis. Le travail missionnaire chez les Indiens atteint le fond de l'abîme quand le 29 novembre, à Waiilatpu, sur les rives du Walla-Walla, les missionnaires protestants Marcus et Narcissa Whitman et onze autres habitants de la mission sont brutalement assassinés par des Indiens Cayuses révoltés. Le poste missionnaire de Waiilatpu existe depuis onze ans. Henry Spalding, envoyé des protestants chez les Indiens Nez-Percés, prétend que les Jésuites sont indirectement coupables de cette affaire. Les missionnaires catholiques, insinue-t-il, utiliseraient les Indiens de l'Orégon pour lutter contre la propagation de la croyance protestante.

1848

Le 3 avril De Smet et Elet quittent la France pour New York. Ils ont de toute façon 5000 dollars en poche. Les dieux de la météorologie donnent de nouveau leur inévitable spectacle dans l'océan nord-atlantique et ils doivent supporter le mal de mer jusqu'au débarquement sur le quai de New York. Arrivés là ils apprennent que l'Europe est sens dessus dessous. Avec la destitution de Louis-Philippe souffle un vent révolutionnaire et anticlérical qu'on ressentira jusqu'à Rome, Naples, Berlin, Vienne et Prague. Beaucoup de prêtres fuient l'Europe.

De Smet prolonge un peu son séjour à New York pour recevoir les fuyards et les aider. Cette fois il voyage par la nouvelle voie aquatique qui passe en grande partie par les Grands Lacs. Après une visite aux chutes du Niagara il est de retour à Saint-Louis le 4 juillet. Il y apprend que Elet a été entre-temps nommé vice-provincial des Jésuites du Missouri. C'est un coup de bonne fortune car le nouveau vice-provincial a de l'estime pour l'engagement de De Smet. Elet autorise De Smet à remplir sa promesse de 1846 d'aller parler aux terribles Sioux.

De Smet prend le bateau pour Bellevue (près de Council Bluffs). À hauteur de l'embouchure de la Platte De Smet parvient à se joindre à un petit groupe de l'American Fur Company qui chevauche vers la région des rivières Niobrara et White. Il fait atrocement chaud et la caravane est en permanence agressée par des nuées de moustiques. Pendant six jours ils ne rencontrent pas âme qui vive, mais le long de la rivière Nobrara ils butent sur un gros groupe d'Indiens Poncas. Ceux-ci se montrent d'abord plutôt hostiles, mais il ne faut pas longtemps pour qu'ils fument le calumet de la paix. Ils connaissent la réputation de Robe Noire et des milliers d'Indiens écoutent attentivement ce que De Smet a à leur raconter. Les commerçants en fourrures s'arrêtent provisoirement à Fort Pierre, mais De Smet désire pénétrer plus loin dans l'intérieur du pays. Il engage Colin Campbell comme guide et interprète et ils partent ensemble en direction de l'ouest, vers les sources du Niobrara et du White. Ils suivent une piste vers les Black Hills qui court parallèlement au bras méridional de la rivière Cheyenne. De Smet traverse les Mauvaises Terres (Bad-Lands) à l'ouest du South Dakota et il décrit un endroit où il y a de grands squelettes d'animaux préhistoriques (7).


Vingt-cinq jours après son départ de Bellevue De Smet arrive dans un camp de chasseurs Brûlés et de Sioux Ogallalas. Ceux-ci sont de vrais sauvages ! Ils paradent avec les scalps de 32 Indiens Omahas récemment tués. Les meurtriers sont vivement ovationnés. Mais De Smet essaie de ramener ces Indiens assoiffés de sang à de meilleurs sentiments. Pendant un mois il leur explique les valeurs chrétiennes. Il y a sa première rencontre avec Red Fish (un chef des Ogallalas, voir 1863). Au cours de l'un de leurs pillages les Ogallalas avaient pénétré dans le pays des Corbeaux et pendant une trêve avaient enlevé la fille de Red Fish. Red Fish implore De Smet de l'aider à la récupérer. Celui-ci promet de prier pour elle si Red Fish corrige sa façon de vivre. Quelques jours plus tard la fillette apparaît dans le camp. Une nuit elle a pu s'échapper grâce à l'aide d'une femme inconnue. Elle est encore poursuivie, mais après avoir couru six jours et nuits d'affilée, elle a retrouvé son village. Red Fish croit que De Smet a obtenu un petit miracle. À la fin d'octobre De Smet quitte les Indiens Brûlés en leur promettant d'essayer d'obtenir pour eux un missionnaire à demeure. Il est à 2400 kilomètres de Saint-Louis. Il engage deux pagayeurs et il descend le Missouri en canoë. À la hauteur de Council Bluffs souffle un vent de tempête. La température descend brusquement et la rivière gèle. De Smet parvient à louer une charrette à un fermier. À Saint-Joseph il rate le dernier bateau vers Saint-Louis. Il se lance aussitôt à sa poursuite. Comme celui-ci doit s'arrêter pour charger du bois combustible, il parvient à le rattraper et le plan réussit. Il arrive une fois de plus sain et sauf à Saint-Louis.

1849

Van de Velde est nommé à un poste important à Chicago et Elet nomme De Smet assistant vice-provincial et procurateur. La charge n'est pas une sinécure car Saint-Louis est maintenant responsable de 200 Jésuites, de l'université de Saint-Louis avec ses 200 étudiants, du noviciat de Florissant, des collèges de Bardstown, Louisville, Cincinnati et dix autres localités moins importantes. Il y a deux ans la gestion des Jésuites de Louisiane a été transférée à la province de Lyon, mais les Jésuites de l'Orégon sont encore sous la tutelle de Saint-Louis (jusqu'à ce qu'en 1851 Rome et plus tard Turin en reçoivent la charge).

De plus il y a encore les missions chez les Osages et les Potawatomis dans le Kansas où exercent dix missionnaires. Au début des années 40 Christian Hoecken et Félix Verreydt quittent la mission Saint-Joseph de Council-Bluffs pour le nouveau territoire des Potawatomis à Sugar-Creek, au sud de Westport. Y réside notamment un autre petit groupe de Potawatomis sous la conduite d'un Père breton nommé Petit qui a succédé aux missionnaires Badin (Nouvelle-Orléans) et Deseille (Bruges). Les Sœurs du Sacré-Cœur y ont monté une petite école. En 1848 ces malheureux Indiens sont repoussés encore plus à l'ouest. La petite école et les missionnaires suivront.

Hoecken, Duerinck, Gaillard et Dumortier érigent pour eux la mission Sainte-Marie du Kansas. De Smet veille à ce que le gouvernement américain leur verse l'appui pécuniaire promis. Plus au sud, à Neosho, le Père néerlandais Schoenmakers et le Père flamand Bax créent la mission Saint-François de Hieronymo. Schoenmakers y résidera de 1847 à 1887. Le soutien financier de ces missions fait lui aussi partie des préoccupations de De Smet À partir de ces missions des contacts seront pris avec les Indiens Peorias, Miamis, Senecas, Crees et même avec les Sioux. À 33 ans le Père Bax périra dans une épidémie de petite vérole.

De Smet peut compter sur de nombreux bienfaiteurs belges: le comte de Meeûs, la comtesse d'Aspremont, le comte de Mérode et même le duc de Brabant (futur Léopold II). Grâce à une gestion bien ordonnée De Smet parvient à améliorer notablement la situation financière de la province. Au noviciat De Smet noue des liens d'amitié avec le Père Bouchard, dont le nom indien est Watomika Pied Rapide, fils de Kistalwa, un Indien Delaware, et de Marie Boucharde, une Française qui à la Révolution a quitté l'Auvergne pour le Nouveau Monde. Bouchard travaillera trente ans à la mission de San Francisco et correspondra régulièrement avec De Smet.

L'année est catastrophique pour la ville de Saint-Louis. Un incendie détruit 27 navires et réduit en cendres cinq cents maisons. Mettant le comble au désastre, une épidémie de choléra se déclare. Cette épidémie ne fait pas moins de deux cents victimes. L'année 1849 est aussi celle d'une autre fièvre, la fièvre de l'or qui provoque une véritable transhumance. En deux ans partent vers l'ouest plus de 80.000 colons, surtout des hommes, en hâte et sans préparation, souvent à pied. Les conséquences ne se font pas attendre. San Francisco, petit port tranquille de 500 habitants en 1848, voit sa population monter brusquement à 25.000 habitants en 1850. Avec la hausse brutale de la demande une vague d'inflation intense se produit dans les territoires de la côte ouest. Tous les prix montent en flèche et des problèmes de financement apparaissent dans les postes missionnaires des Rocheuses. Joseph Joset remet la conduite de la mission au Père Michael Accolti. Une fois de plus Roothaan fait des reproches à De Smet. Celui-ci aurait mené de 1840 à 1846 une pauvre gestion financière, plus grave : il aurait désobéi à ses vœux de pauvreté ! De Smet n'accepte pas les reproches et réfute la semonce de Roothaan. Accolti a entre-temps décidé, sans attendre l'approbation de Rome, d'aller avec quelques cléricaux chercher de l'or en Californie. Roothaan fulmine quand il l'apprend.

Dans le voisinage de Sainte-Marie chaque année un plus grand nombre de chasseurs et de commerçants viennent hiverner. Ces gaillards barbus ont une mauvaise influence sur les Indiens Têtes-Plates. Les missionnaires et les Indiens deviennent étrangers les uns aux autres, et après la saison des chasses la plupart des Têtes-Plates décident de tourner définitivement le dos à Sainte-Marie. Intentionnellement ils transportent leur camp en dehors de la terre de la mission. Ni Mengarini ni le chef Victor ne peuvent les faire changer d'avis.

La Hudson Bay Company a déménagé à Fort Vancouver. Son quartier général se trouve désormais sur l'île de Vancouver dans la ville de Victoria.

De Smet souffre beaucoup de rhumatisme.

1850

À cause de la douleur continuelle De Smet se limite aux voyages indispensables pour l'administration de la vice-province.

Saint-Louis a maintenant 80.000 habitants.


Accolti décide de fermer la première mission de De Smet, la réduction chez les Indiens Têtes-Plates, Sainte-Marie sur la rivière Bitter Root. À la fin de l'année Mengarini voyage vers la vallée de la Willamette et Antonio Ravalli chez les Cœurs-d'Alêne. Les Jésuites ont vendu les bâtiments de la mission à un certain major John Owen. Owen est un agent pour les affaires indiennes et un commerçant local pour les Indiens. Il en fera un fort. Mengarini, Nobili et De Vos partent pour le Californie pour y créer une nouvelle mission. (De Vos mourra à Santa Clara le 23 septembre 1886.)

(7) Note du traducteur : Endroit particulièrement célèbre aujourd´hui pour ses restes de dinosaures.