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1847 - Explication de l'Échelle Catholique

NOTICE

EXPLICATION DE L'ÉCHELLE CATHOLIQUE

Ou

Manière d’expliquer le Catéchisme aux Sauvages

INVENTÉE PAR MONSEIGNEUR BLANCHET,

Archevêque d’Orégon-City.

 

L'Échelle catholique est un tableau Historique et chronologique de la Religion; elle présente la suite des siècles et des années écoulés depuis la création du monde jusqu'à nos jours, au moyen de figures et de caractères qui aident merveilleusement bien à classer et à fixer dans la mémoire l’histoire de la Religion , les faits principaux de l'Ancien et du Nouveau-Testament, la vie de N.-S., et l'établissement de l'Église. Ce tableau si propre à donner une idée ineffaçable de l'ensemble de la religion catholique , est en usage parmi les sauvages de l'Oregon. C'est à l'établissement de St.-François Xavier du Cowlitz (Oregon) qu'il fut inventé, au commencement d'avril 1839, à l'occasion dé douze Sauvages venus de 60 lieues (baie Puget), pour voir et entendre la robe noire. Ils avaient fait deux jours de marche en canot, et trois à pied, dans cette mauvaise saison ; aussi leurs jambes étaient-elles enflées, et leurs pieds ensanglantés; ils étaient épuisés de faim et de fatigue.

 

Le missionnaire voulant donner à ces courageux Sauvages une idée simple, claire et nette de la religion, crut atteindre ce but, au moyen d'un plan sur lequel il pourrait préciser et fixer dans leur esprit, les époques de la création, de la chute des Anges, celle d'Adam et d'Eve, et la venue du Messie, etc. C'est pourquoi désignant les siècles par des barres, et les années par des points, il forma. l'échelle des 4,000 ans écoulés depuis la création du monde jusqu'à la venue du Messie, des 33 ans de la vie de J.-C. et des.l839 de l'ère chrétienne. Ce plan achevé fut mis sous les yeux des Sauvages qui en écoutèrent l'explication; ils en furent frappés, et en saisirent l'ordre et l'ensemble en peu de leçons. Tslalakon leur chef, fier de la science qu'il venait d'acquérir, répétait avec emphase et enthousiasme «Oui, ici commença le monde, là le monde est rendu; voilà ce que le monde a duré; voilà où le fils du Grand-Esprit est descendu sur la terre, voilà la croix sur laquelle il est mort pour racheter les hommes. Grand chef, disait-il, fais une marque au siècle du déluge, fais-en une autre au siècle de l'embrâsement de Sodome, une autre à celui où le Grand-Maître d'en haut donna ses dix paroles (Commandements); marque aussi de même l'année où tu es venu dans notre pays pour nous instruire, afin que je m'en souvienne pour le redire à mes gens. „

 

Ce chef qui avait beaucoup d'esprit et d'intelligence, partit bien satisfait du résultat de son voyage, et emporta une copie de l'Échelle catholique. Rendu au milieu de sa nation, il en fut bientôt entouré, et leur raconta ce qu'il avait vu et entendu ; il leur montra l'Echelle, et en donna l'explication, ce qu'il continua à faire tous les dimanches suivants. Les chefs ses voisins voulant aussi avoir des Échelles, il leur en donna des copies. C'est ainsi que l'Echelle catholique, que les Sauvages appellent livre d'en haut (sahale piper), commença à passer de tribus en tribus, à précéder le missionnaire et à lui préparer la voie.

 

Ce plan ne renfermait d'abord que l'Échelle dés siècles et des années ; pour le rendre plus utile et plus intéressant, on lui donna par la suite plus d'étendue et de perfection : on plaça à droite et à gauche, le long des siècles, des figures et des caractères qui représentaient les grandes époques, les événements remarquables, les hommes distingués de l'Ancien et du Nouveau Testament. Plus tard, elle fut lithographiée aux États-Unis; elle a encore été lithographiée dernièrement à Namur, mais ces copies ne répondant pas aux vues de l'auteur, on vient de la recommencer de nouveau à Paris avec une plus grande perfection. L'explication qu'on en donnait, ne servait pas seulement à graver dans l'esprit des Sauvages l'histoire de la Religion et de l'Église, mais encore à faire des réflexions propres à engager à fuir et à détester le péché, à aimer et à rechercher la vertu. A chaque trait on faisait briller quelques-unes des perfections de Dieu : ainsi on faisait ressortir sa grandeur et sa puissance en racontant l'histoire de la création en six jours, et ce qui avait été fait à chaque jour: au commencement, le ciel et la terre:  au premier jour la lumière; au 2° le firmament appelé le ciel; au 3°, les mers, les plantes et les arbres ; au 4°, le soleil, la lune et les étoiles; au :5°, les poissons et les oiseaux ; les autres animaux, Adam et Eve au 6°, enfin, le repos au 7°. A la création de la lumière , se rattachent celle des anges, la fidélité des uns, la révolte des autres, et l'origine de l'enfer pour punir les rebelles. La vue de cet enfer au bas de l’Echelle, et celle du paradis au sommet, produisent sur les Sauvages de très-heureux effets.

 

Au 6°jour on rattachait l'arbre de la science du bien et du mal, le serpent tentateur, la chute du premier homme, le péché originel et ses funestes suites pour l'âme et pour le corps, enfin la joie du démon, et son espérance déçue par la promesse du Sauveur, promesse où brillent toutes les richesses de la miséricorde divine.

 

C'est ainsi qu'en instruisant on montre aux Sauvages étonnés, les ineffables perfections de Dieu ici sa justice, là sa miséricorde; plus loin les traits de sa colère, dans le déluge universel et l'embrasement de la Pentapolc ; sa bonté envers les justes, Noé et ses enfants, Loth, sa femme et ses filles, et envers tous , dans le renouvellement de la promesse d'un Sauveur, faite aux patriarches et aux prophètes, etc. Les Sauvages n'écoutent pas moins attentivement l'histoire d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Joseph, celle de l'esclavage en Égypte, celle de Moïse, etc., de même que l'endurcissement de Pharaon, les plaies d'Égypte, la délivrance des Israélites, le passage de la mer Rouge, la promulgation de la loi, etc., enfin l'histoire des Juges et des Rois, la vois des prophètes, la prévarication du peuple, la dispersion des dix tribus et la captivité des deux autres.

 

Si de l'ancien Testament on passait au nouveau, l'intérêts des Sauvages augmentait bien davantage. En effet, l'amour d'un Dieu qui donne son fils chéri pour les hommes. la charité immense de ce fils bien-aimé qui se fait homme pour nous sauver, les frappaient d'admiration. Aussi écoutaient-ils avec attention, pendant des journées entières, le récit des mystères joyeux, douloureux et glorieux de l'Homme-Dieu. Si, à toutes ces preuves de l'amour de Dieu, on ajoutait celle de l’institution des Sacrements, et surtout de celui de l'Eucharistie, la mission des apôtres pour instruire et baptiser les nations, et. celle des prêtres venus dans leur pays pour leur procurer ces bienfaits, les Sauvages se trouvaient gagnés, et entraînés irrésistiblement. Ils sentaient de quelle reconnaissance ils devaient payer cet amour d'un Dieu pour nous. Les réflexions suivantes n'obtenaient pas moins de succès; le salut de l'homme a plus d'importance devant Dieu, que le ciel et la terre, puisque le ciel et la terre n'ont coûté au Créateur que six jours et un acte de sa volonté, tandis que la rédemption a coûté au Père céleste son fils bien-aimé, et à ce fils bien-aimé :33 ans de travaux, une mort douloureuse, et la mission des apôtres qui durera jusqu’à la fin du monde. Quand d'un côté on représente J.-C. comme le bon maître envoyé par son Père pour nous montrer le bon chemin, nous faire éviter le mauvais, et toujours occupé à nous enseigner le bien et quand de l'autre on représente le démon comme le mauvais maître qui depuis la chute d'Adam et d’Eve n'enseigne que le mal , ne s'occupe qu'à tromper les hommes et à les conduire en enfer, qui furieux de voir le bon maître lui enlever tant d'âmes, redoublant d'efforts, vint à bout de tromper Luther et Calvin; ces réflexions si vraies et si justes frappent les Sauvages. ils en saisissent toute la force, et restent convaincus

.

Tel est le plan que suivent les missionnaires, et. voilà comment ils expliquent l'Echelle catholique et captivent l'attention des Sauvages en montrant tous les rapprochements, la liaison et l'ensemble, des faits de l'histoire de notre Sainte Religion. L'intelligence des sauvages saisit facilement, et leur mémoire retient aisément ce qu'on leur explique, quand ils le voient des yeux.

 

Les missionnaires continuèrent à s'en servir avec succès; chaque sauvage voulait en avoir, et les plus savants l'expliquaient aux autres.

 

Telle est l'utilité de l'Échelle pour les Sauvages; son usage a été aussi très-avantageux en faveur des femmes et des enfants des Canadiens français. En voyant leurs progrès, ces bons Canadiens s'écriaient :»Mais on ne nous a pas appris tout cela en Canada, nos femmes et nos enfants vont en savoir plus long que nous. »

 

En résumé, les principaux avantages de l’Echelle catholique sont de servir 1° à apprendre l'histoire de la Religion, de la vie de N. S. J.-C., et de l'établissement de son Église;

2° A apprendre les prières, en les faisant réciter sur les figures, ou sur les marques qui les désignent, et les prières ainsi classées et apprises ne s'effacent jamais de la mémoire des enfants qui en apprennent le sens en même temps que les paroles;

3° A enseigner le catéchisme, puisqu'elle renferme le Symbole des Apôtres, les Commandements de Dieu et de l'Église, les Sacrements, en un mot, tout ce qu'un chrétien doit croire et pratiquer. Ainsi à cette question : Etes-vous chrétien? montrez Jésus-Christ; à celle-ci : Qui vous a fait chrétien?

montrez le Baptême; à cette autre : Quelle est la marque du chrétien? montrez la Croix, vous serez certain d'obtenir une bonne réponse. Qu'on explique le mystère de la Sainte Trinité au bas des siècles, celui de l'Incarnation au haut des 4,000 ans, celui de la Rédemption sur la Croix, vous serez compris, et les enfants ne confondront pas ces mystères. Pour donner une idée claire du Credo et de ce qu'il renferme, dites qu'il est l'abrégé de ce que les apôtres avaient appris de Jésus-Christ, c'est-à-dire de ce qu'il faut, croire de Dieu, de l'Église, de la rémission des péchés, de la résurrection et de la vie éternelle, et désignez ces choses sur l'Échelle, l'enfant vous aura compris, et il dira bientôt : Voilà l'article pour Dieu le Père, les six pour Dieu le Fils, l'article du St.-Esprit, etc. Expliquez de même les commandements de Dieu et de l'Église, et les sept Sacrements, vous faciliterez l'intelligence de l'enfant, et il rapportera facilement à l'Échelle les sermons ou instructions qu'il entendra. Les pères et les mères deviendront eux-mêmes capables d’instruire les enfants, dès l'âge le plus tendre, au moyen du tableau.

 

Enfin l'Échelle catholique est très utile pour la controverse. Les Sauvages, les femmes et les enfants des Canadiens, ont plus d'une fois fermé la bouche à leurs adversaires, en leur montrant le point où J.-C. est venu établir son Église, et celui où Luther et Calvin sont venus établir la leur. En voici un exemple.

 

Le chef Pohpoh, méthodiste depuis deux ans et coryphée du ministre, ne regardait les missionnaires qu’avec dédain. Conduit par la Providence la mission de St.-Paul, il y voit une échelle, et demande ce que c'est. Le missionnaire la lui explique à différentes reprises, et lui montre au 16° siècle le chemin de travers qu'il suit avec les siens. Ce chef comprend que J.-C. n'est venu qu'une fois sur la terre pour établir sa religion, qu'étant Dieu, il a dû la faire bonne, solide et durable comme le ciel et la terre. La grâce agissant, il s'écrie :» Grand Chef, mes yeux et mes oreilles ont été fermés jusqu'à présent, mais à ta parole, ils s'ouvrent., je vois et j'entends; j'abandonne le chemin de travers, je veux être catholique, je reviens au bon chemin. «II se fait instruire, part en invitant le missionnaire à aller évangéliser sa nation, ce qui eut lieu quelques mois après, et quinze familles abandonnèrent le ministre et sa religion. Pour lui, il rencontra bientôt son ministre qui mit tout en oeuvre pour le gagner, mais il ne put y réussir , malgré les efforts réunis de ses confrères pendant deux ans: Fatigué de leurs sollicitations, Pohpoh leur dit, un jour: , Eh bien! prenez-moi, crucifiez-moi comme les Juifs ont crucifié J.-C., je n'abandonne pas ma religion.»

 

Un autre chef, Tamakoun , très intelligent et très-influent, avait suivi pendant 15 jours le méthodisme; il voit l'Échelle, en entend l'explication, en saisit tous les traits et devient catholique. Un jour que son Échelle était suspendue à côté de sa cabane, le ministre l'aperçoit, et lui demande ce que c'est. Le Sauvage un peu malin, lui dit :» C'est à toi qui es un blanc, qui sais lire et écrire, à me dire ce que c'est. Le ministre ne pouvant le satisfaire, le Sauvage reprit, et commença à la lui expliquer depuis le commencement jusqu'à la fin, car il la savait parfaitement. Au 16° siècle, il lui montra le chemin de travers, et lui dit : « Tiens, chef, voilà ton chemin; ce n'est pas J.-C. qui fa fait, ce sont des hommes; ce que J.-C. a fait n'a pas besoin de réforme, c'est bon comme l'œuvre de la création. » Le ministre se retira déconcerté. Cependant le plan lui convenant, il en fit usage, au moyen d'une grande réforme;mais cette réforme ne servit qu'à mieux faire voir le vide du protestantisme. Un Sauvage se plaignait surtout de n'y voir que trois médecines(Sacrements) et de ne pas y trouver le nom de Marie.

 

Il est très-aisé, d'après ce qui précède, de se faire une idée complète des avantages de l’Échelle, et du parti qu'on en peut tirer.

 

FIN.