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1856 - lettre 26 - Tributs d'admiration payés aux Têtes-Plates - Pater et Ave en langue osage.

TRIBUTS  D'ADMIRATION  PAYÉS  AUX  TÊTES-PLATES.

 

PATER  ET  AVE MARIA  EN LANGUE OSAGE.

 

VINGT-SIXIÈME LETTRE DU R. P. DE SMET.

 

Nous devons la communication de cette lettre à la complaisance de la supérieure des Servantes de Marie du pensionnat d'Erps.

 

A la révérende Mère Supérieure du couvent et pensionnat d'Erps-Querbs, situé entre Bruxelles et Louvain.

 

                Bruxelles, fête de saint François Xavier, 3 décembre 1856.

 

                   Ma révérende Mère,

 

La fête de ce jour renouvelle dans mon esprit le souvenir de la belle journée que j'ai passée à Erps lundi.

 

Je dois encore une fois vous remercier du bienveillant accueil que j'ai reçu dans votre communauté et pensionnat.

 

Les invitations réitérées que vous m'aviez faites, depuis mon retour en Belgique, par l'intermédiaire du R. P. Terwecoren, qui m'y a conduit, m'avaient fait un devoir de m'y rendre. Je vous devais d'ailleurs cette visite, ma révérende Mère, à vous personnellement, en considération des liens qui ont toujours existé et qui existent encore entre votre famille et la mienne. Cette recommandation m'avait été déjà faite à Termonde. Il m'a été agréable de vous revoir, après trente-cinq années d'intervalle, et surtout de vous trouver consacrée à Dieu par les vœux de religion. Pendant mes longues pérégrinations à travers le monde, c'est dans les maisons religieuses que j'ai toujours trouvé la plus grande somme de bonheur à laquelle l'homme puisse aspirer ici-bas.

 

Mais alors même que ce motif personnel n'aurait pas existé, le pensionnat des Servantes de Marie me laisserait encore un bien doux souvenir. Je n'oublierai jamais cette petite fête de famille, ces paroles si charitables et si chrétiennes qui m'ont été adressées par une de vos pensionnaires au nom de ses compagnes; cette attention soutenue que ces enfants ont prêtée à mes récits, et les prières qu'elles m'ont promises pour mes pauvres sauvages; ce beau cantique chanté en l'honneur de saint François Xavier, le patron des missionnaires; le bonheur de ces petites filles du village réunies dans l'externat, où leurs cœurs apprennent à aimer Dieu et à le servir par le travail; la respectueuse déférence de toutes les religieuses et de M. le Directeur.

 

Je vous remercie donc, ma révérende Mère, de ce bon accueil; et au nom des sauvages, je vous remercie particulièrement des aumônes dont le couvent a bien voulu me charger pour eux, et des ornements d'autel que vous leur préparez. Les sauvages prient pour leurs bienfaiteurs; ils prieront bien spécialement pour les Servantes de Marie et pour leurs jeunes élèves, quand j'aurai pu leur en parler.

 

Comme témoignage anticipé de leur reconnaissance, et pour que le souvenir de cette journée se conserve, que votre communauté prospère toujours, que votre pensionnat fleurisse de plus en plus, que vos jeunes demoiselles, quand elles seront sorties de cette maison du Seigneur, gardent précieusement l'inappréciable don de la piété et le pur éclat de toutes les vertus, je me propose de donner aux premières petites filles sauvages que je baptiserai après mon retour, les prénoms des religieuses et des élèves que j'ai vues réunies, afin qu'elles prient pour ces bienfaitrices. Veuillez donc en faire dresser une liste et l'envoyer au R. P. Terwecoren, qui a soin de recueillir tout ce qui est offert pour la mission.

 

J'ajoute à cette lettre une copie de tributs d'admiration payés à la nation des Têtes-Plates, ainsi que le Pater et l'Ave Maria en langue osage. C'est un petit souvenir pour le pensionnat d'Erps-Querbs.

 

I. Tributs d'admiration rendus à la nation des Tètes-Plates, par un officier de l'armée des États-Unis, envoyé, avec le gouverneur Stevens, pour explorer la vallée de Sainte-Marie, etc. Ces lignes sont tirées d'un rapport publié récemment par ordre du gouvernement. (Explorations etc. from the Mississipi river to the Pacifie Ocean. Page 308.)

Le lieutenant Mullan dit :

« Lorsque je suis arrivé au camp, avec mon guide, trois ou quatre hommes sont venus à notre rencontre et nous ont invités à entrer dans la loge du chef. Avec beaucoup d'empressement, ils ont pris soin de nos chevaux, les ont dessellés et abreuvés. Aussitôt que le camp a été averti de l'arrivée d'un blanc au millieu d'eux, tous les principaux de la tribu se sont rassemblés dans la loge du chef.

 

» Tous s'y trouvant réunis, à un signal donné par le chef; ils firent une prière à haute voix. J'étais frappé d'étonnement; car je ne m'attendais pas à une telle conduite de leur part. Toute l'assemblée c'est mise à genoux. De la manière la plus solennelle et avec la plus grande révérence, ils ont adoré le Seigneur. Je me demandais : Sois-je parmi des Indiens?...  Suis-je parmi des gens que tout le monde appelle sauvages?...  A peine pouvais-je en croire mes yeux. La pensée que ces hommes étaient pénétrés de sentiments religieux si beaux et si profonds à la fois me remplit d'admiration.

 

» Je ne pourrais assez parler de ces cœurs nobles et généreux au milieu desquels je me trouvai. Ils étaient pieux et fermes, hommes de confiance, remplis de probité, pénétrés en même temps d'une foi vive et religieuse à laquelle ils restaient fidèles.

 

» Jamais ils ne prenaient leur repas sans implorer la bénédiction du ciel. Le matin en se levant, et le soir avant de se coucher, ils adressaient leurs prières à Dieu.

 

» La tribu des Têtes-Plates est, parmi les Indiens, l'objet de la plus haute estime; tout ce dont j'ai été témoin moi-même justifie cette opinion avantageuse. »

 

Voici un autre témoignage. Il est de l'honorable Isaac J. Stevens, gouverneur du territoire de Washington. En donnant ses ordres au lieutenant M...., il lui dit :

« Dites à ces bons Têtes-Plates que les paroles du P. De Smet en leur faveur ont été reçues par leur Grand Père, le président des États-Unis et que tous les honnêtes gens leur sont dévoués. Je voudrais rebâtir le village de Sainte-Marié. Qu'ils sachent que je leur suis attaché et que je suis prêt à aider leurs anciens bienfaiteurs pour leur bien-être. Ce serait pour moi la chose la plus agréable. »

 

Il écrivait à l'agent indien :

« Vous connaissez déjà quel est le caractère des Tètes-Plates. Ce sont les meilleurs sauvages des montagnes et des plaines. Ils sont honnêtes, courageux et dociles. Ils n'ont besoin que d'encouragement pour devenir de bons citoyens. Ils sont chrétiens, et nous sommes assurés qu'ils vivent selon le code chrétien. »  Ce passage est tiré des rapports faits au président en 1854.

 

Vous le voyez, ma révérende Mère, l'éloge que j'ai fait des Têtes-Plates à Erps est aussi dans les bouches américaines. Il en est de même de bien d'autres sauvages. Les religieuses et les élèves pourront donc compter sur les prières de reconnaissance des petites filles qui porteront leurs prénoms. Puissent ces enfants du désert avoir les mêmes moyens de salut que les enfants de Belgique!

 

 

II. Pater et Ave Maria en langue osage.

 

Intâtze ankōūgtăpi   manshigta    niñgshè shāshē dichta

 Père       notre       dans le ciel    qui est    nom     votre

 

ōūchōupēgtsēlou wāwālagtankapi dichta  tshīghsēlon.  Ha-

 soit sanctifié              règne            votre   qu'il arrive   Vo-

 

kīstse ingshē manshingta  ekionpi,    manshan    lăi  aikougt-

lonté  votre   dans le ciel  soit faite  sur la terre soit   faite

 

     siow.           Humpale    humpake    sani    wâtsütse

pareillement. Aujourd'hui    et jour    chaque    pain

 

ankougtāpi    wakupiow.     Ouskan    pishi        wachiēg-

   notre        à nous donnez   Action  mauvaise à nous qui a

 

  chēpa     ankionlē       ankilē,         aikon    ouskan    pishi

été faite     nous la   pardonnons, de même  action   mauvaise

 

ankougtapi     wāōnlapiow.        Ouskan    pishi    ankagchē-

    notre      à nous pardonnez. Mauvaise  action   à faire par

 

 tāpi      wāsañkāpi         ninkow. Nansi pishi ingshe  waliētsi

nous   ne nous induisez   point.   Mais    du mal      délivrez-

 

sapiow. Aikongtsiow.

  nous.        Amen.

 

 

 

 

      Hāwāi      Marie      Wagkonda       odikupi   odis-

Je vous salue Marie du Grand-Esprit   de dons  remplie

 

   hailow.      Wagkonda       shōdiguē  acchow.  Wakoki

vous êtes. Le Grand-Esprit  avec vous    est                Les femmes

 

  odisanha   odichoupegtsiow, Jusus          tsāitse        oulagran

parmi elles  vous êtes bénite    Jésus              des entrailles   le fruit

 

ingshe ougoupegtsiow. Wâlâgui Marie       Wagkonda

votres                est béni.            Sainte Marie  du Grand-Esprit

 

 Ehonh    wawatapiow,   dekousi       antzapi        aitchanski.

la Mère pour nous priez à présent et au moment de la mort.

 

Aikougtsiou

Ainsi soit-il.

 

Agréez, ma révérende Mère, ce petit hommage de ma reconnaissance, et veuillez en offrir l'expression à M. le Directeur, à la communauté et aux élèves.

 

                                      Votre serviteur en J.-C.

                                               P-J. DE SMET